Virginie Efira : "Une ancienne complexée reste une complexée"

Virginie Efira incarne une mère prête à tout pour faire reconnaître sa fille, dans "Un Amour Impossible". Ce combat pour la légitimité d'un nom finira par gâcher leur vie. Derrière cette histoire d'inceste et de manipulation se cache un personnage d'une grande subtilité, brillamment interprété par celle qui ne cesse de révéler ses talents. Entretien à cœur ouvert.

Virginie Efira : "Une ancienne complexée reste une complexée"
© Le Pacte

Virginie Efira confirme son statut d'actrice qui compte. Adorée dans Victoria, dans lequel l'ancienne présentatrice de Nouvelle Star a conquis la critique et le public, la quarantenaire éblouit de sa sensibilité en mère courage, vaillante mais victime d'un pervers narcissique. 

Le Journal des Femmes : Que raconte Un Amour Impossible ?
Virginie Efira : Comme pour beaucoup de très bons films, il y a une multitude de sujets. Je ne peux pas donner un seul axe, mais je peux dire ce qui m'a tant interpellée dans le livre. C'est comme si j'y trouvais des explications à des choses personnelles, avec le thème de la confiance en soi altérée, le complexe d'infériorité qui aveugle. Qu'est-ce qui fait, alors qu'on n'est pas plus idiot qu'un autre, qu'on va chercher une humiliation ? Le livre et le film sont le parcours d'une femme qui se considérait trop petite. à la fois pour des raisons intimes et psychanalytiques, mais aussi sociétales.

Que vous a-t-il appris ?
On ne peut pas se promener dans l'existence avec l'idée qu'on est formidable, mais penser totalement l'inverse, c'est un peu particulier. S'accorder une forme de valeur prend du temps, mais c'est essentiel. Le film parle d'une mère dans les années 50, d'origine juive, issue d'un statut social modeste... C'est sûr qu'avec toutes ces barrières, elle doit rester en place. Beaucoup de choses sont faites depuis pour les femmes, mais il reste des choses sur lesquelles on peut encore avancer.

Rachel dégage malgré tout une vraie douceur, un certain optimisme…
Elle est bien constituée, elle a les armes, elle n'est pas cruche. J'aurais pu être Rachel. La seule chose qui nous différencie vraiment, c'est la chose la plus grave du film, le fait de ne pas voir l'inceste… Je ne peux pas dire que j'aurais vu à sa place, mais je nous ai trouvé plein de choses très fortes en commun. C'est ça qui fait tout. Quand un acteur joue, il doit entrer en connexion avec quelque chose. Là c'était immédiat.

Quel a été l'écho de ce rôle sur la maman que vous êtes ?
Si je suis si proche du personnage, c'est aussi en tant que mère. Je joue beaucoup de mamans et à chaque fois, je peux pleurer en pensait à l'idée que je fais de mon mieux. Je mets toute mon application à rendre ma fille autonome, curieuse, à ne pas porter mes angoisses sur elle… Je la trouve démente, mais il y a forcément des choses que je vais rater. Mes parents sont supers, mais ils se sont plantés à des endroits.

Virginie Efira dans "Un Amour Impossible" © Le Pacte

Il paraît que vous vouliez tellement jouer ce personnage, que pour la première fois, vous êtes allée chercher le rôle...
Pas complètement. Une ancienne complexée reste une complexée. Je n'aurais jamais osé aller chez Catherine Corsini et lui dire que je voulais faire son film. Victoria n'était pas encore sorti, j'avais trop peur qu'elle me réponde de retourner à mes comédies romantiques et de la laisser tranquille. J'ai quand même envoyé un message à mon agent pour lui dire que je voulais passer un casting. J'ai écrit un message de folle, un sms très long à 2 heures du matin pour dire que ce rôle était pour moi, même si on allait croire que non. Je le sentais, je le savais.

Vous parlez de vos complexes... Votre parcours vous a-t-il poussée à faire plus vos preuves que les autres ?
Oui, mais c'est normal. J'ai dû faire davantage mes preuves, mais cette situation était aussi positive. C'est très difficile de faire du cinéma. L'industrie nécessite que souvent, on veuille des gens connus à l'affiche pour pouvoir financer le film. Ma petite notoriété m'a permis ces avantages, même si ce n'était pas un passe-droit. J'ai quitté la télévision pour jouer, sur grand écran ou au théâtre. Quitte à ce que très peu de gens viennent me voir.

Quel a été le déclic pour vous lancer ?
J'ai voulu faire ça à, 5, 6, 7, 8, 9 ans... tout ma vie. Mais j'ai eu très peur. Même au conservatoire, je me suis dit que je n'étais pas bonne. Et puis j'ai cessé de m'interroger. J'ai compris que la vie n'est pas très longue. Quand tu arrives à percevoir ça presque physiquement, le rapport aux peurs n'est plus le même. Sans trop le savoir, nos choix sont liés à ce qu'on imagine qu'on attend de nous. Et puis à un moment, on s'écoute, on se demande "qu'est-ce que je risque ?" pour avancer.

Que vous apporte le cinéma ?
Dans un axe de plaisir, c'est une manière de découvrir des choses de l'autre sans l'intellectuel ou le cérébral. C'est un endroit où 3 heures devient 30 secondes, où toi qui n'as pas de force physique, tu te mets à en avoir. C'est rigolo. Je suis très timide et le jeu m'aide à rencontrer des personnes. Il y a aussi le fait de travailler avec des metteurs en scène qui ont des questions… Catherine est politisée, son féminisme m'intéresse. J'ai envie de participer à ce genre de réflexions.

C'est primordial pour vous de choisir des films qui soulèvent des idées ?
Oui, mais je pourrais jouer des personnages moralement très douteux. En revanche, je souhaite collaborer avec des réalisateurs qui interrogent la société plus qu'ils ne s'y soumettent. Tous les films que je fais depuis Un Amour Impossible vont dans ce sens. Celui que je viens de terminer, avec Paul Verhoeven, c'est même plus que ça...

Un Amour Impossible, de Catherine Corsini. Avec Virginie Efira et Niels Schneider. Au cinéma le 7 novembre 2018.