Ils rachètent 70 maisons pour le prix d'une : "ce n'est pas ce que nous avions prévu"

Ce couple cherchait un coin de campagne pour planter quelques arbres. A la place, ils ont trouvé un village entier abandonné et se sont lancés dans une folle aventure.

Ils rachètent 70 maisons pour le prix d'une : "ce n'est pas ce que nous avions prévu"
© Le village avant sa rénovation / Capture Youtube

Au nord de l'Espagne, dans la province de Burgos, le petit village de Bárcena de Bureba dormait depuis près de 45 ans. Toits effondrés, ruelles avalées par les ronces, champs en friche : les habitants avaient peu à peu plié bagage à partir des années 1970, faute d'électricité. Comme le résument aujourd'hui ses nouveaux propriétaires, les anciens disaient : "On a toujours fait sans, alors pourquoi le ferions-nous ?", tandis que les jeunes, eux, n'avaient pas les moyens de payer le raccordement. Le silence avait fini par tout recouvrir.

Maaike Geurts et Tibor Strausz, eux, vivaient à Amsterdam. Leur rêve : créer une "forêt nourricière", un terrain cultivé sans labour, à une journée de train de chez eux. En épluchant les annonces, le couple néerlandais tombe sur un site inattendu, qui propose des villages entiers à vendre. "Nous n'avions jamais vraiment voulu, ça n'a jamais été dans notre plan d'acheter un village de 70 maisons, mais voilà où nous en sommes", sourient-ils.

Pour environ 350 000 euros, soit le prix moyen d'une maison française, Maaike et Tibor ont donc racheté la quasi-totalité de Bárcena de Bureba, soit près de 70 maisons sur la petite centaine que compte le hameau. Un précédent acquéreur avait tenté d'y monter un complexe touristique, sans succès. Eux veulent autre chose : une communauté écologique autosuffisante. Première étape, l'électricité, qui manquait tant aux anciens : "Nous avons acheté un conteneur maritime, nous avons mis des panneaux solaires dessus et une batterie à l'intérieur, et c'est tout. Et là, nous avions de l'électricité." Le village fonctionne désormais en autonomie totale, et 36 panneaux solaires sont prévus sur leur maison. L'eau, elle, est puisée dans la rivière puis filtrée, en attendant un système de récupération de pluie.

Côté chantier, le couple avance maison par maison, sans se laisser impressionner. Les murs ne sont pas droits ? Tant pis. "Les murs ne sont pas droits, donc les murs que nous avons construits ne le sont pas non plus. Ce n'est pas possible (…) Et ça me va, je m'en fiche", lâche Maaike. L'isolation se fait à la paille et au foin, ramassés sur place. Une auberge est prévue pour les volontaires, et une grande bâtisse de quatre étages doit accueillir une salle d'eau commune avec sauna. Une famille belge, séduite, s'est déjà installée sur les hauteurs, près de l'ancienne église en ruine, dans une yourte tout confort. À terme, le couple imagine accueillir une cinquantaine de foyers, car "la forêt nourricière sera bien plus réussie s'il y a beaucoup de gens dans ce village".

Petit détail savoureux : certaines bâtisses sont si abîmées qu'il faudra choisir lesquelles raser. Comme le glisse un visiteur, amusé : "C'est amusant de faire des visites immobilières des ruines pour décider quelle ruine est la meilleure." Un dilemme qu'on n'a pas vraiment, à Amsterdam.