Elle culminera à plus de 1000 mètres de haut, dès 2028 : la tour la plus haute du monde grandit à vue d'oeil

Au bord de la mer Rouge, un chantier hors normes défie les lois de la physique. La future tour la plus haute du monde grimpe désormais d'un étage tous les quatre jours.

Elle culminera à plus de 1000 mètres de haut, dès 2028 : la tour la plus haute du monde grandit à vue d'oeil
© AbuHuzaifa - stock.adobe.com

À Djeddah, en Arabie saoudite, la Jeddah Tower retrouve enfin son élan. Initiée en 2013 sous le nom de Kingdom Tower, rebaptisée depuis Jeddah Economic Company Tower, elle ambitionne de devenir le premier gratte-ciel à dépasser le kilomètre de hauteur. Avec ses 1 008 mètres annoncés, elle écrasera de près de 180 mètres le Burj Khalifa de Dubaï, actuel détenteur du record.

Le chantier avait pourtant été stoppé net en 2018, alors qu'un tiers seulement de l'édifice était sorti de terre. En cause : des tensions politiques internes, notamment l'arrestation du prince Al Waleed ben Talal, principal instigateur du projet, lors des purges menées par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Puis la pandémie de Covid-19 a achevé de figer les grues. C'est par une vidéo accompagnée du message "We're back" qu'Al Waleed a confirmé la relance des travaux. Depuis 2025, le béton coule à flots.

Et ça avance vite. Début 2026, la structure a déjà dépassé le 95e étage, sur les 167 prévus. L'achèvement est désormais fixé à 2028. À cette date, la tour offrira 243 866 m² de surface, 57 ascenseurs dont certains à double cabine, un hôtel de luxe Four Seasons, des appartements haut de gamme, des bureaux et la plateforme d'observation la plus haute du monde, perchée à plus de 630 mètres au-dessus de la mer Rouge. De quoi loger une véritable ville verticale.

Pour tenir debout sur un sol mêlant calcaire poreux et sable instable, l'édifice repose sur des fondations dignes d'un film de science-fiction : 270 pieux en béton enfoncés à plus de 100 mètres de profondeur, surmontés d'une dalle de près de 5 mètres d'épaisseur. Le poids total de l'ensemble est estimé à plus de 900 000 tonnes. Imaginée par l'architecte américain Adrian Smith, déjà à l'origine du Burj Khalifa, la silhouette effilée en Y s'inspire des jeunes pousses des plantes du désert. Chaque "pétale" stabilise le bâtiment face aux vents violents. À plus de 800 mètres d'altitude, des amortisseurs de masse pesant jusqu'à 870 tonnes réduisent les oscillations d'environ 30 %.

Derrière cette démesure se cache un calcul très politique. La Jeddah Tower est le cœur d'un projet urbain géant, la Jeddah Economic City, étalée sur 5,2 km² et chiffrée à plus de 20 milliards de dollars. Le tout s'inscrit dans la fameuse Vision 2030 portée par Mohammed ben Salmane, censée préparer l'après-pétrole et diversifier l'économie du royaume vers le tourisme, la finance et l'immobilier de prestige.

Reste l'addition écologique, salée. Les associations environnementales pointent une empreinte carbone qui dépasse déjà les 200 000 tonnes de CO₂, avant même l'inauguration. Béton à profusion, acier en masse, climatisation à perte de vue dans un désert brûlant : difficile de vendre l'opération comme un modèle de sobriété. Pour ses détracteurs, la plus haute tour du monde restera surtout la plus haute "construction de vanité" jamais bâtie.