Qui aura raison, l'éleveur ou ses voisins excédés ? Les vaches du village sont au coeur du conflit

Le tintement des cloches à travers champs est-il une nécessité pour retrouver ses vaches hiver comme été, ou une nuisance sonore qui ruine le calme de la campagne ? Au cœur de la campagne, les éleveurs bovins attachés à leurs traditions et les néo-ruraux en quête de silence ont du mal à vivre en paix.

Qui aura raison, l'éleveur ou ses voisins excédés ? Les vaches du village sont au coeur du conflit
© paylessimages

L'élevage bovin et ses pratiques ancestrales, comme le port des sonnailles, sont essentiels au patrimoine et au travail des éleveurs. Ces cloches, outils indispensables pour guider les troupeaux, façonnent depuis toujours l'ambiance sonore de nos campagnes. Pourtant, cette symphonie champêtre, autrefois acceptée de tous, suscite aujourd'hui des controverses. Ce conflit révèle les mutations profondes de nos espaces ruraux, où s'affrontent désormais des visions divergentes de la ruralité moderne. Dans le Vaucluse, le paisible village de Morières-lès-Avignon est aujourd'hui le théâtre d'une discorde qui dépasse largement le cadre du simple voisinage. 

Dans le pâturage de Jeoffrey Balloche, dernier éleveur du Grand Avignon, on trouve une quarantaine de vaches d'Aubrac. "On met des cloches à toutes nos vaches pendant tout l'été pour l'estive dans les Alpes. Et  l'hiver, on laisse deux cloches par troupeau pour les meneuses et pour que les vaches gardent l'habitude du bruit de la cloche, ça leur sert à se repérer et à se retrouver aussi", explique t-il à ICI Vaucluse pour France Bleu.

Pourtant, ses voisins se plaignent "du bruit permanent, 24 heures sur 24 avec des conséquences sur le sommeil et la qualité de la vie". Il est important de préciser que les cloches des vaches sont avant tout un outil de travail indispensable pour l'agriculteur, agissant comme un véritable GPS sonore. En zone de montagne ou sur de vastes parcelles, elles permettent de localiser le troupeau à distance, même en pleine nuit ou par temps de brouillard, et d'identifier immédiatement si une bête s'est isolée. Au-delà de la surveillance, elles assurent la cohésion du groupe : les vaches se fient au tintement de la meneuse pour rester regroupées, ce qui réduit le stress et les risques d'égarement.

De plus, l'éleveur souligne ce qu'il considère comme un décalage dans la perception des nuisances sonores. Selon lui, le bruit des cloches cristallise les mécontentements alors qu'il reste bien inférieur à celui de sources sonores courantes et largement tolérées. "Une moto ou une voiture, ça fait beaucoup plus de bruit que la cloche de la vache qui est là, à côté de nous et qu'on n'entend même pas !", rappelle-t-il. Il estime que certains habitants se focalisent sur ce son, au point d'en faire une nuisance, alors même que le trafic routier environnant génère des niveaux sonores nettement plus élevés sans susciter les mêmes réactions.

Mais la communication au sein du village se détériore de plus en plus : une seule personne serait allée officiellement se plaindre en mairie, mais en revanche un message anonyme sur facebook, supprimé depuis, dénonçait le bruit. Ambiance... Sur le plan juridique, la loi semble plutôt en faveur du monde rural. Depuis 2021, les bruits et odeurs liés aux activités agricoles sont reconnus comme faisant partie du patrimoine sensoriel des campagnes françaises. Ce texte vise à protéger les agriculteurs face à la multiplication des plaintes liées à des nuisances considérées comme normales dans un environnement rural. Pour autant, cette reconnaissance légale n'efface pas les tensions locales.

À Morières-lès-Avignon, la tension reste malheureusement encore bien palpable. Ce litige pose une question fondamentale sur notre capacité à cohabiter : peut-on encore accepter les "bruits de la nature" et du travail agricole dans une société de plus en plus urbanisée et en quête d'un silence absolu ? La question reste entière.