Fini les cartes de crédit : la patronne du bar préfère encore "offrir le café"

Dans son bar, la carte bancaire ne passe plus. Pas de bip, pas de ticket, pas de commission. Ici, on sert des cafés, pas des intérêts. La patronne a fermé le robinet du paiement électronique pour garder la main sur sa caisse, sa marge et sa liberté.

Fini les cartes de crédit : la patronne du bar préfère encore "offrir le café"
© Journal des Femmes / image d'illustration

En Espagne comme ailleurs en Europe, les paiements par carte sont devenus la norme. Rapides, pratiques, encouragés par les banques et les gouvernements, ils ont pourtant un coût pour les commerçants. C'est pour cela que cette gérante de bar a fait un choix inattendu. 

Cartes sans contact, smartphones, montres connectées ou applications mobiles : ces gestes pour payer sont devenus automatiques pour un bon nombre de la population. En 2022 d'ailleurs, un cap symbolique a été franchi : pour la première fois, la valeur des paiements réalisés par carte dans la zone euro a dépassé celle des paiements en espèces. Une évolution accélérée par la pandémie, qui a profondément modifié les habitudes de consommation. Mais cette modernisation a un revers, notamment pour certains commerçants qui sont obligés de payer une commission à chaque transaction par carte. Dans un secteur comme la restauration, où les montants sont faibles et les marges étroites, ces frais pèsent parfois très lourd. 

Même s'ils peuvent paraître faibles en pourcentage, les frais bancaires liés à chaque transaction ont un impact direct sur la rentabilité des petites entreprises. Par exemple, cette propriétaire d'un bar en Galice a du faire le choix de ne pas accepter les paiements en CB. Mais attention, ne lui parlez pas de "petites économies". Pour elle, la question n'est pas comptable, elle est surtout idéologique. Elle refuse le principe même de voir une institution financière prélever un pourcentage sur le fruit de son travail. Sa méthode pour gérer les clients étourdis ou les touristes sans liquide est déconcertante. Plutôt que de céder à la facilité du terminal de paiement, elle choisit la confiance. "Je préfère payer un café à crédit plutôt que de payer des frais bancaires" explique la gérante au journal EL ESPAÑOL.

Chaque transaction est amputée d'une commission, généralement comprise entre 0,3 % et 1 %, parfois plus selon la banque et le type de carte. Sur un menu à 15 euros, cela passe presque inaperçu. Sur un café à 1,30 euro, en revanche, cela peut représenter une part significative de la marge. Offrir un café lui coûte donc, paradoxalement, parfois moins cher que d'en accepter le paiement électronique. "Mes clients l'acceptent sans problème. Il arrive que quelqu'un entre et dise : 'je n'ai pas d'argent.' Ce n'est pas un souci, ils reviendront" raconte-t-elle. Il faut préciser que la banque prélève sa part avant même que le patron n'ait payé la TVA, l'électricité, l'eau, le loyer, les matières premières ou les impôts.

Cette situation révèle une tension de plus en plus nette : tandis que les pouvoirs publics et le secteur bancaire poussent vers une société sans argent liquide, de nombreux petits commerçants réclament surtout des règles adaptées à leur réalité économique.