Quand un plan cul vire au plan…d'évacuation (d'urgence !)

Le plan cul. Il fait, parfois, rêver. Pour l'inconnu, pour le plaisir sans lendemain, pour la joie de donner et de recevoir dans l'instant présent, sans perspectives aucune si ce n'est de jouir et de faire jouir. Chez certains, c'est de l'ordre du fantasme ; chez d'autres, c'est niet, tintin, hors de question. Reste une troisième catégorie : les adeptes. Celles et ceux qui assument cette expression sexuelle et pulsionnelle. Oui mais voilà, on ne sait jamais véritablement ce que cela, au final, va donner. Et il arrive, parfois, qu'un plan d'un soir s'achève par une débandade. Dans tous les sens du terme. Voici l'histoire (vraie) d'une partie de jambes en l'air d'un soir tournant (presque) au thriller… Par Renaud Parouty

Quand un plan cul vire au plan…d'évacuation (d'urgence !)
©  Vasyl Dolmatov

Si je me suis aujourd'hui assagi (ah l'amour et ses délicieuses chaînes !) j'ai longtemps aimé faire l'amour avec une femme le temps d'une nuit, découvrir tel galbe gracieux, tel port de tête altier, telle cambrure étourdissante. J'appréciais amener une femme inconnue à se sentir en sécurité et à s'abandonner. Ultime privilège pour un homme, non ? Pourquoi pas, dès l'instant que les intentions sont dévoilées et partagées ! Car je parle évidemment du "vrai" plan d'un soir, c'est-à-dire dénué de manipulation et de mensonge. Moi Tarzan, toi Jane ; moi vouloir toi, toi vouloir moi, toi repartir dans la jungle demain et moi pareil, vers une autre direction sans nous retourner. Et nous contents de cette situation. Oui, dans ces conditions, s'envoyer en l'air le temps d'une nuit avec, à chaque fois, une partenaire différente, a des charmes qu'on ne saurait ignorer. Hélas, parfois, cela commence très bien pour finir en eaux troubles. Laissez-moi vous raconter...

Tout à commencer sur un site de rencontres…

A l'époque je fréquentais assidûment l'univers de la séduction virtuelle. Un soir, alors que je m'ennuyais à regarder des profils en baillant, je suis tombé sur celui d'une certaine Marylou. La personne n'avait rien écrit de particulier sur son profil si ce n'est cette phrase : "Cherche rencontres sans prise de tête". On aura vu plus original, n'est-ce pas ? Mais il y avait un "-s" à rencontres et surtout cette expression : "Sans prise de tête". Pas besoin d'avoir fait Saint-Cyr pour comprendre que Marylou recherchait, comme moi, une rencontre sans engagement aucun. Bref, un plan cul. J'ai donc pris contact. Les choses sont allées vite. Quelques phrases bien tournées, du second degré, de l'autodérision et Marylou a accepté le dialogue. Elle se prénommait, en fait, Corinne. On a échangé sur le mode taquin puis avons communiqués nos numéros de téléphone respectifs pour passer de l'écrit à l'oral. C'est moi qui ai appelé en premier.

Montrer patte blanche

Corinne entendait passer une soirée sensuelle, chez elle. Elle souhaitait partager un excellent vin, discuter et s'envoyer en l'air. Tout ça, bien évidemment, si affinités il y avait. Pendant la conversation téléphonique, Corinne m'a demandé de lui envoyer une photo de moi prise à l'instant. Sur la photo, je devais faire un signe (je ne sais plus lequel) pour qu'elle puisse bien attester de mon identité. Corinne cherchait à se rassurer. Après avoir voulu entendre ma voix, elle désirait maintenant vérifier si j'étais bien la personne correspondant à la photo affichée sur le site de rencontres. Un procédé féminin qu'on ne peut que comprendre. Il est toujours préférable de couvrir ses arrières quand on est une femme et qu'on affectionne les rencontres éphémères. En tous cas, cette volonté de Corinne de vouloir se rassurer me tranquillisait en même temps. Je comprenais que cette femme était habituée à ce type de rencontres et qu'elle manifestait une réelle motivation. Ce "plan cul" paraissait être un "bon plan". Ayant reçu ma photo, Corinne m'a communiqué son adresse. Cela vous étonne peut-être mais quand une femme veut s'envoyer en l'air, quand une femme est en quête d'un plan d'un soir, il n'est pas exceptionnel qu'elle invite chez elle. C'est en effet plus sécurisant que chez l'homme et moins glauque qu'à l'hôtel. Elle a ses repères, elle est connue des voisins et se sent plus sécurisée. Nous avons raccrochés. J'étais ravi. Pendant notre dialogue, pendant notre échange j'avais ressenti un vrai feeling. Et j'étais sûr de la réciprocité.

Plan cul au domicile de Madame

J'ai donc retrouvé Corinne à son domicile, 48h après notre conversation téléphonique. L'appartement était au rez-de-chaussée mais la porte d'entrée ne donnait pas sur la rue. Pour y accéder, j'ai dû pénétrer dans une cour intérieure. J'ai sonné. Corinne est apparue, beaucoup plus jolie que sur la photo exposée sur le site de rencontres. Ce qui est toujours un plaisir. J'ai vu dans son regard un certain contentement ou du moins un soulagement. Visiblement, je lui convenais. J'étais conforme à la photo. Ouf ! Elle m'a invité à entrer, à m’asseoir sur le canapé dans le salon. Je lui ai présenté la bouteille de vin que j'avais à la main et elle m'a désigné le tir bouchon qui se trouvait sur la table basse, à côté de diverses friandises à base de fromage, et de deux verres à pieds. Tout était prêt. Je comprenais que Corine n'avait rien d'une novice et que faire venir un inconnu pour une soirée sensuelle était sûrement un de ses petits plaisirs. J'ai débouché la bouteille, fais le service et nous avons trinqué à notre rencontre, à notre soirée. Corine était à une extrémité du canapé et moi à l'autre. Il fallait laisser la distance se faire grignoter par le temps, la communication et l'alcool.

Plan rapproché…

Quand les corps se sont détendus, quand les sourires se sont élargis, quand la bouteille s'est presque vidée, j'avais franchi la longueur du canapé et me trouvais tout près de mon hôte. Je me suis avancé pour l'embrasser. On s'est très vite emportés. Corinne s'était laissée glisser sur le canapé et moi, agenouillé au sol, j'ai ôté un à un les boutons de son chemisier. Sa peau était douce, ses seins, encore prisonniers dans leur écrin, de petite taille, quant au parfum de sa peau, de son corps, j'adorais, comme tout ce que je découvrais. Les baisers sont devenus de plus en plus fougueux et nos respirations de plus en plus bruyantes. Je sentais mon sexe dur, humide, s'impatienter, oppressé qu'il était dans mes pantalons. Du pouce et de l'index, j'ai détaché le soutien-gorge puis me suis occupé de la jupe de Corinne. Elle était maintenant nue, à l'exception d'une culotte noire qui dissimulait son pubis. A croquer. Dieu qu'elle était émouvante dans son exhibition, dans sa vulnérabilité ! J'avais une irrésistible envie de la prendre, de la posséder, de l'honorer, maintenant et toute la nuit. Je voyais dans son regard qu'elle m'attendait, qu'il était temps. Nous étions, c'était une évidence, sur la même longueur d'onde.

Plan d'enfer

C'est rare, on peut le dire, les coups d'un soir totalement débridés, où la complicité est telle que l'acte sexuel se vit en parfaite harmonie. C'est pourtant ce qui s'annonçait avec Corinne. Je le sentais de tout mon corps, dans la force de mon érection, dans les battements de mon cœur. J'ai ôté mes chaussures sans prendre la peine de dénouer les lacets, enlevé mes chaussettes, déboutonné ma chemise et, debout devant ma belle, torse nu, j'ai détaché la ceinture de mes pantalons, libéré le bouton, ouvert la braguette et laissé le vêtement s'écrouler en accordéons sur mes chevilles. Je me sentais homme, homme et affamé. Bestial. J'ai fait glisser mon boxer le long de mes jambes et mon sexe a jailli, puissant, crâneur, victorieux. J'avais envie de jouir. Fort, très fort. Et pour cela je voulais que ce soit l'orgasme de Corinne qui m'y autorise. J'allais la dévorer, j'allais la… C'est à ce moment-là que quelqu'un a frappé à la porte d'entrée…

Plan d'urgence

Dans mon souvenir, j'ai immédiatement tourné la tête vers Corinne et ai vu son regard. Ses yeux étaient écarquillés, plein de stupeur. Son corps s'est figé, sa bouche, ouverte, également. Puis j'ai entendu la porte s'ouvrir. Oui, s'ouvrir. Quelqu'un entrait, j'étais incapable de voir d'où j'étais, mais je comprenais que la personne qui avait frappé pénétrait maintenant dans l'appartement. Putain, l'appartement n'était pas fermé à clé ! Mon cœur s'est mis à cogner comme un boxeur déchaîné dans ma poitrine. Mon premier réflexe a été de remonter mes pantalons, slip compris. Mon sexe, lui, s'est replié, apeuré, complètement fané. J'ai regardé à nouveau Corinne. Je m'attendais à voir de l'effroi dans ses yeux mais non, c'était de l'embarras, de la gêne qui s'affichait. Il ne s'agissait donc pas d'un intrus, d'un cambrioleur, d'un je ne sais quel taré mal attentionné. J'ai entendu Corinne se dire à elle-même, complètement désolée : "Oh non, pas ce soir… pas ce soir…". J'ai levé la tête et, soudain, j'ai vu un homme passer. Juste passer devant la porte ouverte du salon et disparaître. Sans regarder vers nous. Il était grand, très grand, la cinquantaine, les cheveux courts et grisonnants. C'est tout ce que j'ai pu voir. Corinne, elle, s'était redressée et, assise sur le canapé, se rhabillait. Elle a levé la tête et, voyant mon visage, a soupiré : "Je suis désolée, vraiment désolée".

Un plan à trois ?!

Mais qu'est-ce qui se passait bordel de merde ! Dans l'affolement je cherchais mes chaussures, les trouvais, y glissais mes pieds nus sans prendre la peine de mettre mes chaussettes qui avaient atterri je ne savais où. Tout m'échappait. Où était ma chemise ? J'étais complètement pommé et surtout je me sentais en danger. Qui était cet homme ? Où était-il maintenant ? Était-il là, juste derrière le mur, à côté de la porte ? Peut-être était-il dans la cuisine ? Je m'attendais à entendre des tiroirs s'ouvrir et à le voir bondir vers moi en hurlant avec un couteau grand comme mon avant-bras. Une montée d'adrénaline mettait tous mes sens en alerte. Mais merde, où est ma chemise ! Je sentais mon corps tendu, prêt à l'affrontement. "Putain Corinne, c'est quoi ce bordel ! C'est qui ce mec !?" Je criais en chuchotant, tout en cherchant désespérément ma chemise. "T'aurais pu me dire que tu avais quelqu'un, merde !" Corinne ne répondait pas. Debout, reboutonnant son chemisier, elle se contentait de remuer la tête, de gauche à droite, les yeux baissés. Je devais me tirer. Et au plus vite. Merci pour la soirée. Moi qui aimais l'inattendu, j'avais été servi. Corinne s'est approchée de moi et a cherché à se blottir dans mes bras : "non, ne pars pas. Reste, s'il te plait. Ce n'est pas ce que tu crois". Mais qu'est-ce que c'était que cette histoire ! "Ce n'est pas ce que tu crois !!" Que devais-je croire alors ? Son mec venait de rentrer, il allait certainement vouloir me trucider et Corinne me disait de rester !? J'étais chez les dingues, chez un couple de pervers qui tentait d'obtenir une partie à trois, de sombres tarés cherchant à…à…je ne comprenais plus rien ; J'étais complètement largué ! Ah, voilà ma chemise !

Plan d'évacuation !

J'avais été si bien quelques minutes auparavant et voilà qu'avec une brutalité incroyable je me retrouvais dans un autre monde où tout m'échappait. Je ne reconnaissais plus Corinne, ne comprenais pas son comportement. Mais à ce stade, je n'en avais plus rien à faire, il fallait que je parte immédiatement avant que l'autre cinglé me tombe dessus. Habillé, décidé à abandonner mes chaussettes derrière moi, j'ai pris la direction de la sortie. Ma tête bourdonnait. Je me préparais à entendre un cri, à subir un assaut, bref à devoir riposter. Encore quelques pas pour atteindre la porte. Ma main s'est abattue sur la poignée. Et si l'homme avait fermé la porte à clef derrière lui ? Non, elle s'est ouverte et je suis sorti. J'ai rapidement traversé la cour pour rejoindre la rue principale, où il y avait des passants, bref des témoins pour identifier mon éventuel assassin. J'ai regardé derrière moi : aucun mari cocu, la bave aux lèvres, le regard furieux, avec, dans la main, un flingue, une hache, un couteau, une tronçonneuse, prêt à faire une boucherie. J'ai marché vite, cherché à m'éloigner. Je ne ressentais plus l'effet de l'alcool. Je me disais que putain de bordel de merde j'avais eu chaud. Très chaud. J'ai dû parcourir un ou deux kilomètres à pieds avant de trouver une bouche de métro et prendre la direction de mon Sweet Home.

Retour au calme et culpabilité

Assis dans la rame, je revoyais le déroulement de la soirée. Mille questions se bousculaient dans ma tête. Pourquoi le mari cocu n'est-il pas apparu ? Où était-il d'ailleurs ? Mais était-ce vraiment son mari, son compagnon ? Et pourquoi cet abattement chez Corinne ? Elle aurait dû s'affoler, comme toute personne prise en flagrant délit d'adultère ! Et en plus elle me demandait de rester ! C'est alors qu'une terrible pensée m'est venue : Corinne avait-elle besoin d'aide ? Comment ça se passait maintenant chez elle ? Et si le type la frappait, trop froussard pour faire face à un homme mais suffisamment lâche pour se rattraper sur sa femme ? Je n'avais certes pas senti Corinne apeurée mais était-ce une raison pour la laisser ainsi ? J'avais fui par instinct de survie mais Corinne, elle, dans quel pétrin se trouvait-elle ? J'ai commencé à sérieusement m'inquiéter. J'en avais voulu à mon hôte, je l'avais même détestée dans l'épreuve, dans l'affolement, mais maintenant que je retrouvais mon calme, je commençais à voir la situation différemment.
A l'arrêt suivant, je suis sorti du métro et ai appelé avec mon portable. Je devais en avoir le cœur net. Corinne a décroché. Dans un souffle j'ai dit : "J'ignore si tu peux parler mais est-ce que tu as besoin d'aide, oui ou non ?"  "Non" a-t-elle répondu avant d'ajouter "Ne t'inquiète pas, je t'expliquerai plus tard. C'est gentil d'avoir appelé…". L'intonation de sa voix m'a rassuré. Il n'était pas tard, à peine 23h. Je n'avais pas envie de dormir. J'ai marché jusqu'à chez moi et, une fois entre les quatre murs de mon appartement, je n'ai cessé de me refaire le film de la soirée.

Pas de plan B

Je n'ai jamais revu Corinne. Je ne l'ai pas appelé et elle non plus. Je n'ai donc jamais su qui était ce type. Il n'y a jamais eu de plan B à notre plan Q avorté. J'en rigole aujourd'hui mais ce soir-là j'ai vraiment pensé que j'allais vivre une scène absurde : me battre avec un mari trompé, plonger dans une violence extrême, vivre une situation d'une brutalité que l'on ne voit qu'au cinéma, dans les bouquins ou dans les journaux. J'avais vraiment cru que, le lendemain, je ferais la une : "Un type, en quête d'un plan cul, se fait massacrer par un mari jaloux". Je n'ai donc jamais su le fin mot de cette histoire. Était-ce son mari qui était entré ? Peut-être son ex ? Qu'importe, j'ai dû tourner la page. Mais cette histoire m'a trotté dans la tête un long moment. Je l'avais presque oubliée avant de la partager avec vous… J'espère que cela ne vous a pas découragés si vous ambitionnez de vivre, vous aussi, de formidables rencontres éphémères. Car, en fait, quel est l'ultime plaisir d'un plan d'un soir ? Celui de se dire que tout est possible. L'inconnu. La surprise. Pour le meilleur et, parfois, pour le pire.

Quand un plan cul vire au plan…d'évacuation (d'urgence !)
Quand un plan cul vire au plan…d'évacuation (d'urgence !)

Si je me suis aujourd'hui assagi (ah l'amour et ses délicieuses chaînes !) j'ai longtemps  aimé faire l'amour avec une femme le temps d'une nuit, découvrir tel galbe gracieux, tel port de tête altier, telle cambrure étourdissante. ...