Désir sexuel : hors des clichés, homme et femme sur un pied d'égalité

Nombre d'idées reçues régissent la sexualité. En tête de gondole ? Le désir sexuel masculin serait évident face à celui des femmes, compliqué ou lié aux sentiments. Il est temps de faire le point. Nous avons interrogé Alexandra Hubin, docteur en sexologie, et des femmes dont la libido est plus pétillante que celle de leur partenaire.

Désir sexuel : hors des clichés, homme et femme sur un pied d'égalité
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"J'ai plus souvent envie de faire l'amour que mon partenaire", confie Léa, 27 ans. Au quotidien, la jeune femme initie davantage les rapports sexuels que Romain, son compagnon, mais se fait parfois rembarrée, pas méchamment : "On est ensemble depuis cinq ans et assez à l'aise pour se dire que là, bof", ajoute la jeune femme, qui ne le prend pas mal, mais s'étonne de ce décalage parce que "ce n'est pas ce que l'on dit des hommes"… Selon Alexandra Hubin, docteur en sexologie, ce témoignage est précieux car il détruit un cliché vieux comme le monde : "On pense à tort que le désir sexuel masculin est plus intense et plus bavard que le désir sexuel féminin, ce qui est faux. Le désir sexuel dépend d'un tas de facteurs, peu importe notre sexe".

Le désir sexuel, une question d'hormones

La testostérone est l'hormone du désir sexuel par excellence. Et scoop : les femmes aussi en sécrètent, bien que dix à vingt fois moins que les hommes. Sans oublier que les hormones féminines jouent également un rôle dans l'expression du désir sexuel féminin. Néanmoins, les hormones seules ne "font pas" le désir. Ce dernier résulte de nombreux paramètres, tels que notre état d'esprit, notre humeur, notre relation… Et les hommes, aux dernières nouvelles, ont aussi des émotions, un cœur et des tracas. Eux aussi peuvent ressentir de la fatigue. Eux aussi passent parfois de mauvaises journées si bien qu'ils n'ont pas la tête à ça, au sexe, aux rapprochements. Et eux aussi peuvent douter. Une étude réalisée par l'Université du Kentucky, qui s'est appuyée sur 64 études concernant le désir sexuel (depuis les années 1950), précise que le désir des hommes, lorsqu'ils sont en couple, s'éteint plus vite que celui des femmes, pour la simple et bonne raison qu'ils ont des attentes élevées et que trop de routine les amènent à douter de leur performance et donc à se fermer sur eux-mêmes. Et lorsqu'on perd confiance, on n'entend plus notre désir.

Représentations du désir

"Le désir sexuel ne tombe pas du ciel et son absence n'est pas irrévocable", précise Alexandra Hubin. Le désir, donc, ça va, ça vient, que l'on soit homme ou femme. "Ces vagues, propres au désir, trouvent également racine dans notre vision de la sexualité et dans les représentations que nos parents nous ont inculquées, par leurs propos, leurs silences, leurs sous-entendus", informe la sexologue. Ajoutons à cela nos lectures, les films et autres discours qui façonnent en nous des croyances. "Le souci, c'est qu'on répète tellement que le désir féminin est capricieux et que celui des hommes est automatique que les femmes elles-mêmes peuvent freiner leur désir ou au contraire se trouver anormales dès qu'elles ont plus envie de faire l'amour que leur partenaire", poursuit l'experte. Nous entrons tellement dans des cases que nous finissons par penser qu'il existe des normes en matière de sexualité. L'essentiel, pour les contourner, est d'être à l'écoute de son corps. Un homme qui exprime peu son désir s'écoute et ne se sent pas obligé de répondre à cette foutue pression qui voudrait qu'il ait toujours envie. En parallèle, une femme qui laisse son désir s'exprimer s'écoute également, puisqu'elle ne se soumet à pas cette idée reçue qui voudrait qu'elle ait moins envie.

Accorder ses violons

"Face à mon mec, j'ai le sentiment d'avoir toujours envie. Avec mon ex, c'était l'inverse. Son appétit était débordant et mon désir sexuel paraissait minuscule", raconte Marine, 33 ans. Comme quoi, notre libido n'est pas une question de quantité figée. On a plus ou moins envie selon les périodes de notre vie, mais aussi par rapport à quelqu'un. "Néanmoins, je ne prends pas beaucoup d'initiatives, poursuit Marine. Je voudrais que mon partenaire vienne à moi, ça me rassurerait, alors je calme mes ardeurs…" Comme elle, Mélissa, 34 ans, a longtemps tu son désir ardent, préférant attendre une manifestation de la part de son partenaire : "A un moment donné, j'ai fini par lui demander pourquoi il n'avait jamais envie et ne tentait rien. Il m'a répondu que si, il avait envie, mais qu'il attendait que je vienne, qu'il ne voulait pas me forcer", explique la jeune femme. Ou comment les deux partenaires sont entrés dans un jeu de dupes. Finalement, aucun des deux n'avait un désir sexuel plus important, mais le manque de communication imposait une telle conclusion. "Parler ensemble de sexualité est essentiel, pour éviter ce genre de quiproquo. Mais on peut aussi user d'un langage non verbal et justement, aller vers son partenaire lorsqu'on a envie. Le désir, c'est contagieux, alors plutôt que de garder pour soi ses désirs, exprimons-les", précise Alexandra Hubin.

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