"On a mis 10 ans à avoir un enfant et mon conjoint est parti juste après" (Alexandra 45 ans)
À 30 ans, Alexandra décide de braver la maladie pour devenir mère. Dix ans de fausses couches plus tard, elle y parvient… mais perd l'homme qu'elle aime.
J'ai rencontré Ronan à Caen, là où nous avons grandi, quand j'avais une vingtaine d'années. J'étais belle, il était beau, on était le couple parfait. Durant nos études, on a emménagé à Paris, et on a vécu une vie de folie. Restos, boîtes de nuit, bureau… et peu de dodo ! Heureusement, je suis commerciale dans les lunettes de soleil, c'est pratique pour cacher ses cernes pendant la journée ! Franchement, à l'époque, je ne pensais pas du tout à faire des enfants. J'ai une maladie auto-immune du côlon qui m'oblige à prendre un traitement très fort en cas de crise. Et ce traitement ne peut pas être administré aux femmes enceintes. Je pensais à m'amuser et à guérir, rien d'autre.
Mais, arrivée à 30 ans, les choses ont changé. Autour de nous, ça commençait à faire des bébés, et même mes deux sœurs, plus jeunes, avaient déjà eu leur premier. Nous en avons parlé, j'ai beaucoup discuté avec mes médecins, et nous avons décidé de faire un bébé malgré le risque pour moi de faire une crise pendant la grossesse, et de ne pouvoir être soignée. Cela ne mettait pas ma vie en danger, mais il me faudrait souffrir durant des jours sans pouvoir être soulagée. Je voulais prendre ce risque. L'envie d'avoir un bébé était même décuplée par tous ces obstacles. Quoi qu'il arrive, j'y arriverais.
Dix ans de souffrance et de peine ont alors commencé. Pas à cause de ma maladie, qui ne se manifestait plus, mais à cause des fausses couches à répétition. Un véritable enfer. Je n'avais pas vraiment de mal à tomber enceinte, puisque cela m'est arrivé six fois, mais pour une raison qu'on n'expliquait jamais, cela se terminait toujours mal. Je ne comprenais pas, et je m'étais persuadée au fil des années que mon ventre était pourri. Empoisonné. Qu'il ne pouvait tout simplement pas accueillir la vie. Et pendant ce temps, mon couple disparaissait lui aussi. Avec mon conjoint, on n'avait plus rien à se dire à part "on recommence ou pas ?".
Ronan m'a toujours suivie, soutenue, mais je sentais bien qu'il était très triste lui aussi. La gaieté de nos débuts avait totalement disparu. J'ai même cru qu'il allait partir, je le sentais attiré par quelque chose, ou quelqu'un d'autre. Mais il m'assurait que non. Je m'imaginais déjà seule à plus de 40 ans quand je suis tombée à nouveau enceinte, la septième fois. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai su presque tout de suite que c'était la bonne. Et effectivement, 9 mois plus tard, à presque 42 ans, notre fille est née. J'ai passé la quasi-totalité de ma grossesse alitée, sans avoir le droit de bouger, mais j'ai eu le plus beau cadeau que l'on pouvait recevoir.
"Il m'a juste laissé une lettre pour me dire..."
Durant les premières semaines, Ronan était très affectueux puis il est redevenu distant. Il me disait avoir des soucis avec son travail, mais je sentais bien que c'était plus profond. Et au bout de 6 mois, il est parti. Il m'a juste laissé une lettre, en me disant qu'il ne savait pas ce qu'il avait, qu'il avait besoin de faire le point. La vérité, c'est qu'il s'était senti obligé de me faire ce bébé par "loyauté". Il savait que c'était la chose que j'attendais le plus au monde. Que je serais malheureuse si je n'en avais pas. Il ne voulait donc pas partir sans avoir rempli sa "mission". Une fois que ça s'est réalisé, il est redevenu libre de toute obligation.
Et honnêtement, après l'avoir insulté et maudit pendant des mois, je commence à reconnaître qu'il a peut-être eu raison de partir. Il ne m'aimait plus, depuis longtemps. Peut-être, en partie, à cause de ma maladie pas franchement sexy. Je ne sais pas, mais rester vivre avec moi juste pour sa fille aurait été un supplice pour nous deux. Pour lui qui ne respirait plus ici, pour moi qui ne respirais que pour lui. Je n'ai pas fini de faire mon deuil. J'espère encore, après ces années, qu'il finira par revenir. Je m'accroche à l'espoir comme je l'ai fait toute ma vie, et ça m'a réussi.