"On ne s'aime plus mais on reste ensemble" : pourquoi vous n'arrivez pas à partir, selon la psychologie

Plusieurs fois, elle a tenté de mettre fin à l'histoire, mais son conjoint minimise, répète que "tous les couples vivent des moments comme nous" et refuse d'envisager une séparation.

"On ne s'aime plus mais on reste ensemble" : pourquoi vous n'arrivez pas à partir, selon la psychologie
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On pense souvent que l'amour est le seul ciment d'un couple. Pourtant, des milliers de partenaires cohabitent dans un silence poli, prisonniers d'une structure qu'ils n'osent plus briser. Selon la psychanalyste Inès Perrot, la raison de ce maintien n'est pas celle que l'on croit, et elle risque de bousculer vos certitudes sur la fidélité et l'engagement.

Quand un couple affirme qu'il ne s'aime plus, on imagine spontanément une rupture nette, un lien brisé. Pourtant, la réalité est souvent plus grise, plus complexe. C'est ce que confie une internaute sur la plateforme Quora : "Je fais partie de ces couples qui n'arrivent pas à se séparer [...], nous adorons notre chez nous, nous y sommes bien, mais comme couple pas du tout". Après quatorze ans passés ensemble, avec des enfants, la relation n'a jamais été fluide : "Cela a toujours été des hauts et des bas… Je suis de nature anxieuse, sensible, lui est impulsif et colérique." Plusieurs fois, elle a tenté de mettre fin à l'histoire, mais son conjoint minimise, répète que "tous les couples vivent des moments comme nous" et refuse d'envisager une séparation. Le résultat : un statu quo douloureux, mais solidement ancré. "La solitude, la peur de se retrouver seul fait en sorte que nous resterons ensemble, malgré tout."

Ce témoignage illustre parfaitement ce que décrit la psychanalyste Inès Perrot, experte pour Joyclub.fr : beaucoup restent ensemble non parce que l'amour est encore vif, mais parce que l'histoire ne s'est pas effondrée d'un coup. Elle a glissé vers autre chose, plus doux, moins vibrant, mais encore solide. Et c'est là que surgissent les dilemmes : partir, rester, réinventer… ou s'accrocher à ce qui tient encore. En effet, pour la spécialiste, dire "on ne s'aime plus" recouvre davantage "la disparition de la passion que celle de l'amour lui-même". Le sentiment amoureux s'effiloche, le désir se calme, et l'autre cesse d'être ce moteur imaginaire qui faisait vibrer au début. "Ne plus se sentir amoureux, c'est souvent ne plus fantasmer l'autre." C'est le point commun de ces couples qui restent alors pris dans un entre-deux où l'attachement persiste, mais n'alimente plus de projection.

couple qui ne s'aime plus
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"Je ne veux pas briser la famille"

À cela, s'ajoutent les contraintes matérielles : logement à gérer, finances à réorganiser, et parfois enfants à charge. Beaucoup pensent protéger leurs enfants en maintenant la structure familiale. La psychanalyste remarque d'ailleurs que l'on entend souvent des parents dire : "je ne veux pas briser la famille". Pourtant, rappelle-t-elle, "les enfants perçoivent très bien les tensions, les non-dits et les silences lourds". Enfin, l'entourage n'est jamais totalement absent de l'équation : selon elle, "les normes familiales, culturelles ou religieuses peuvent renforcer l'idée de la sacralité du couple", maintenant les partenaires dans une relation qui n'a plus la même saveur.

Pour continuer à cohabiter malgré la disparition du sentiment amoureux, certains couples organisent leur vie autrement. Inès Perrot observe des arrangements variés, allant de la cohabitation "amicale" aux modèles plus atypiques. "Certains définissent un fonctionnement pragmatique où les rôles sont clarifiés pour éviter les frictions : responsabilités réparties, finances séparées, espaces personnels redéfinis". Elle note aussi que certains instaurent une forme de "pacte de bienveillance", où l'amour n'est plus l'élément central, mais où le respect et la stabilité prennent le relais. Et parfois, les partenaires choisissent des modèles assumés comme les relations ouvertes ou une forme de colocation affective. Elle rappelle que cela peut fonctionner à condition que "la transparence et le consentement mutuel restent au cœur de l'accord".

Dans tous les cas, la spécialiste invite à s'interroger : "pourquoi est-ce que je reste ?" Si l'on se sent coincé, malheureux ou incapable de partir, cela peut refléter une peur plus qu'un attachement réel.  Il reste préférable de s'en aller "lorsque l'on ne peut plus avancer ou que l'on ne se reconnaît plus dans la personne que l'on devient", conclut-elle.