Anne et Bertrand se sont dit oui le 2 avril 1956, dans la collégiale de Guérande, en Loire-Atlantique. Elle avait 18 ans, lui 22. Depuis, ils ont eu cinq enfants, vu leur famille s'agrandir et traversé toutes les étapes de la vie à deux. Aujourd'hui, ils viennent de fêter leurs noces de platine et assurent s'aimer comme au premier jour. Leur secret : savoir se poser la bonne question. C'est-à-dire ?

Interrogés par Le Figaro, les deux époux racontent leur quotidien avec beaucoup de naturel. À 89 et 93 ans, ils n'ont évidemment plus la même vie qu'à leurs débuts, mais leur complicité est toujours là. Bertrand prend notamment soin de sa femme dès le petit-déjeuner. "Pendant qu'elle mange le kiwi, je fais le thé et hop, je l'apporte", raconte-t-il. Et après toutes ces années, il continue même de l'appeler "ma princesse". Une attention qui fait sourire, mais qui en dit long sur leur façon de vivre ensemble. Car chez Anne et Bertrand, prendre soin de l'autre ne se limite pas aux grandes occasions.

C'est justement cette façon de penser à son partenaire qui, selon Anne, fait toute la différence. Lorsqu'on lui demande ce qui permet à un mariage de durer aussi longtemps, elle donne un conseil très simple : "Il faut se poser la question : est-ce que je le rends heureux ?" Ainsi, au lieu de se demander uniquement ce qu'on attend de l'autre, elle invite à réfléchir à ce qu'on lui apporte. Est-ce qu'on prend encore le temps de lui faire plaisir ? Est-ce qu'on remarque quand il a besoin d'aide ? Est-ce qu'on tient compte de ses envies, même lorsqu'elles ne correspondent pas exactement aux nôtres ?

Aujourd'hui, ils parlent de leur relation avec les mêmes mots qu'un jeune couple amoureux. "Moi, j'ai tout à fait l'impression qu'on fait partie de la même personne", confie Anne. Elle se souvient de son mariage et d'une question que son père lui avait posée ce jour-là : "Est-ce que tu es heureuse ?". Elle avait répondu "oui" sans vraiment mesurer ce que cela représentait à l'époque. Soixante-dix ans plus tard, elle estime avoir beaucoup de chance. 

Mais Anne est très claire : vivre ensemble aussi longtemps, c'est également accepter que l'autre ne soit pas toujours exactement comme on le voudrait : "Si on veut le changer, vaut mieux pas l'épouser." Selon elle, "on peut faire évoluer certaines choses pour l'autre, mais on ne le fait pas sous la contrainte, on le fait volontairement". Autrement dit, faire des concessions, oui, mais passer sa vie à essayer de transformer son conjoint, inutile.