Saints et auréoles à la cité du Vatican

Le pape François, mais aussi 150 cardinaux, un millier d'évêques et 6000 prêtres du monde entier (et peut-être Joseph Ratzinger, en invité surprise) concélèbreront dimanche matin la canonisation de l'Italien Jean XXIII et du Polonais Jean Paul II. Amen.

Deux papes faits saints à la fois. Un événement comme Rome n'en a jamais vécu dans son histoire. C'est devant des centaines de milliers de fidèles (on parle de 800 000 à 1 million de pèlerins), des centaines de millions de spectateurs devant des téléviseurs ou dans des cinémas avec des lunettes 3D - que le premier pape latino-américain de l'Histoire canonisera Giuseppe Angelo Roncalli, l'homme du Concile Vatican II (1962/65) qui ouvrit l'Église catholique à la société et aux autres religions, et Karol Wojtyla, le globe-trotter et tombeur du communisme.

Un athée en mission
Le très républicain Manuel Valls représentera la France à la cérémonie de sanctification. Présent dans la Ville éternelle pour la troisième fois en deux ans, il y retrouvera 93 délégations officielles, dont 24 chefs d'Etat et têtes couronnées. La visite de notre Premier ministre est perçue comme une nouvelle manifestation de la volonté de Paris d'apaiser les relations tendues avec l'épiscopat français et l'électorat catholique, après l'épisode du mariage pour tous et la politique socialiste sur la famille, l'éducation et la fin de vie.

Rome vaut bien une messe
Alors que le Président Hollande avait promis d'inscrire le principe de la laïcité dans la constitution (et qu'il avait critiqué la visite de son prédécesseur Nicolas Sarkozy auprès de Benoît XVI), la venue du chef du gouvernement au Saint-Siège n'a pas manqué d'être vilipendée à gauche...

Procession
Les célébrations religieuses commenceront dès samedi soir, avec des "nuits blanches" de prières dans une quinzaine d'églises en diverses langues.
Dimanche matin, c'est au rythme de la litanie des saints que le pape François arrivera sur le parvis de la basilique Saint-Pierre. Puis, devant les portraits géants des deux papes affichés sur la façade, François prononcera la formule qui les inscrira à jamais dans le "registre céleste" de ceux que tous les catholiques sont invités à prier pour les assister dans leur vie terrestre.

Dans les coulisses de la fabrique des saints
Pour atteindre le rang de "Saint", il faut que deux miracles soient reconnus suite à un examen clinique.
Benoît XVI avait choisi de ne pas tenir compte du délai obligatoire de 5 ans pour ouvrir la cause de son populaire prédécesseur. Jean-Paul II avait été béatifié en mai 2011, après la validation d'un premier miracle : une religieuse française d'Aix-en-Provence, Sœur Marie Simon-Pierre, souffrant de la maladie de Parkinson, avait vu ses symptômes disparaître après l'intercession de Jean-Paul II. La congrégation pour la Cause des saints a eu l'embarras du choix pour choisir "le" second miracle. Celui de Floribeth Mora Diaz, 50 ans, mariée, mère de quatre enfants, a été retenu. Victime d'un anévrisme au cerveau qui ne devait lui laisser que peu de jours à vivre, cette Costaricaine a déclaré avoir été sauvée par l'ancien Souverain Pontife. En mai 2011, comme elle regardait la photographie du pape polonais dans un magazine, le bienheureux Jean-Paul II a commencé à lui parler. "J'ai dit: "Oui, Seigneur", et je me suis levée". Depuis son état de santé ne lui a plus causé aucune inquiétude.

Pour Jean XXIII, le "bon pape" qui a régné de 1958 à 1963 et pour lequel un seul miracle a été reconnu, Sa Sainteté François a innové et n'a pas attendu cette condition. Mais autant la canonisation de Jean XXIII, qui a laissé l'image d'un pasteur proche des gens, simple et plein d'humour, ne semble contestée par personne, autant celle de Jean Paul II, plus conservateur, compte des détracteurs qui lui reprochent un aveuglement face aux crimes pédophiles, une trop grande concentration du pouvoir et sa sévérité avec les théologiens dissidents, notamment ceux de la théologie de la libération.

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Jean XXIII et Jean-Paul II © montage