Professeur décapité dans la rue : attentat, réactions... les INFOS

EN DIRECT- Samuel Paty, un enseignant en histoire et géographie d'un collège de Conflans-Saint-Honorine a été décapité, non loin de son établissement scolaire, le 16 octobre, à 17h. Son assassin, un jeune de 18 ans d'origine tchétchène et demeurant à Evreux, dans l'Eure, a été abattu par la police. Voici ce que l'on sait de l'attentat, les détails de cet acte terroriste islamiste et les dernières avancées de l'enquête.

Professeur décapité dans la rue : attentat, réactions... les INFOS
© Michel Euler/AP/SIPA

[Article mis à jour le dimanche 18 octobre à 18h55] Une barbarie sans nom, un acte impensable... Et une onde de choc. Samuel Paty, un professeur d'histoire du collège du Bois d'Aulne, de Conflans-Saint-Honorine, dans les Yvelines, a été assassiné et décapité vendredi 16 octobre en fin d'après-midi, à la veille des vacances de la Toussaint. L'enseignant de 47 ans avait montré quelques jours auparavant des caricatures de Mahomet à ses élèves, dans un cours sur la liberté d'expression.

La police la brigade anticriminalité (BAC), appelée vers 17h pour un individu qui rôdait près de l'établissement avec un couteau de cuisine à la main, a découvert sur place l'atroce crime de la victime ensanglantée et décapitée, avant de retrouver l'assaillant 200 mètres plus loin, à Éragny (Val-d'Oise). Après une course poursuite, les forces de l'ordre ont ouvert le feu à plusieurs reprises et abattu par balles l'agresseur, qui aurait hurlé "Allah akbar" avant de mourir. Une opération de déminage a été entreprise.

Le parquet antiterroriste a été saisi de l'affaire. Des perquisitions ont eu lieu dans la nuit du 16 au 17 octobre. Onze personnes sont en garde à vue, selon une source judiciaire. Les quatre premières personnes, dont un mineur, sont issues de l'entourage familial de l'assaillant. Il s'agit de ses parents, d'un de ses grands-parents et de son petit frère, interpellés à Évreux, dans l'Eure. Ils ont déclaré ne pas être au courant des projets de l'assassin. Parmi les cinq autres personnes interpellées figurent deux parents d'élève du collège où travaillait la victime.

Hommage citoyen partout en France

Dimanche 18 octobre, partout en France, que ce soit à Paris, Bordeaux, Toulouse ou encore Lyon, où l'enseignant a effectué ses études, plusieurs milliers de Français sont venus manifester leur soutien à Samuel Paty, sauvagement décapité vendredi soir

Sur la Place de la République, à Paris, plusieurs personnalités politiques comme Jean-Luc Mélenchon, Manuel Valls, Stanislas Guérini ou encore Yannick Jadot ont participé à cette mobilisation citoyenne. Parmi les membres du gouvernement, le Premier ministre, Jean Castex, le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer et la secrétaire d'État, Marlène Schiappa, étaient présents. "

Nous réussirons à combattre les ennemis de la démocratie, mais nous réussirons si nous sommes unis. […] C'est une évidence d'être présent aujourd'hui , il s'agit tout simplement de marquer l'unité des forces vives de la France, a déclaré Jean-Michel Blanquer. C'est une manifestation d'unité. Or l'unité est la condition de réussite de l'action. Nous devons dans le futur mener une action qui évitera que cet évènement se reproduise." 

"Vous ne nous faites pas peur (...) Vous ne nous diviserez pas".

Dans un tweet publié alors qu'il participait à ce rassemblement parisien, le Premier ministre a martelé : "Vous ne nous faites pas peur (...) Vous ne nous diviserez pas".

Auparavant, dans les colonnes du Journal du Dimanche, le 18 octobre, Jean Castex avait indiqué que lui et son gouvernement travaillaient à "une stratégie de riposte encore plus ferme, plus rapide et plus efficace quand un enseignant subit des menaces". Il a répété que "l'État sera à la hauteur de l'engagement [des enseignants] en répondant avec la plus grande fermeté à tous les ennemis de la République". "Nous ne céderons rien, nous ne renoncerons jamais à ce que nous sommes : des citoyens libres et éclairés, dans une République laïque et solidaire, une et indivisible", a-t-il également ajouté auprès de l'hebdomadaire.

Jean Castex s'était déjà adressé aux syndicats d'enseignants samedi 17 octobre au matin. "Ce sont les valeurs les plus fondamentales de la République qui sont touchées", a-t-il lancé, lors d'une réunion au ministère de l'Éducation nationale, rapportait alors France Info, d'après l'entourage du Premier ministre."Évidemment, au-delà de la personne de Monsieur P., vous avez tous conscience que ce sont les valeurs les plus fondamentales de la République qui sont touchées : après la liberté de la presse, et Charlie Hebdo, la liberté d'enseigner, bref, la République", regrette le Premier ministre, qui estime que "la laïcité, colonne vertébrale de la République a été, à travers cet acte ignoble, visée." 

Un conseil de défense a lieu à l'Élysée dimanche soir. Il doit être consacré au drame de Conflans-Sainte-Honorine et aux conséquences à en tirer. En fin de journée samedi, le palais présidentiel avait également annoncé qu'un hommage national aura lieu mercredi 21 octobre en l'honneur du professeur d'histoire-géographie, sans toutefois en préciser l'heure ou le lieu.

Lors d'un point presse, samedi 17 octobre, le ministre de l'Éducation nationale avait également annoncé qu'une série d'hommages sera rendue au professeur, dès le 2 novembre, au retour des vacances de la Toussaint. Cette succession comprendra "nécessairement une minute de silence", a affirmé Jean-Michel Blanquer en ajoutant qu'il y aurait un cadrage "strict, puissant et fort" pour le travail pédagogique et éducatif. Le ministre de l'Éducation a également rappelé que tous les professeurs qui seraient amenés à faire un cours sur la liberté d'expression sont "en droit de montrer les caricatures de Mahomet". La veille, à la suite de la découverte du corps de l'enseignant, Jean-Michel Blanquer avait affirmé sa "solidarité absolue" et réaffirmé la "solidité de toute notre institution"Après s'être exprimé sur les réseaux sociaux, le ministre de l'Éducation s'est exprimé à plusieurs reprises sur le drame qui a touché le collège de Conflans-Sainte-Honorine.

Qui est l'assaillant ?

Lors d'une conférence de presse, qui s'est déroulée samedi 17 octobre, le procureur de la République antiterroriste, Jean-François Ricard, a fait un point sur l'assassinat du professeur d'histoire-géographie de Conflans-Sainte-Honorine. Il a confirmé que le terroriste était bien Abdoulakh A., un jeune homme d'origine tchétchène de confession musulmane âgé seulement de 18 ans, né en 2002 à Moscou, en Russie.  Il a annoncé qu'à la suite de la neutralisation de l'assaillant, "un couteau de type poignard, une arme de poing de type airsoft et 5 cartouches ont été saisis". L'individu bénéficiait du statut de réfugié et était porteur d'un titre de séjour valable dix ans, délivré le 4 mars dernier. Il était était inconnu des services de renseignements, mais néanmoins connu pour des faits de droit commun. Jean-François Ricard a également annoncé qu'un texte de revendication et une photographie de la victime ont été retrouvés dans le téléphone de l'assaillant, les mêmes, qui ont été tweetés une fois le professeur décapité. Il pourrait faire partie d'une bande à Éragny, dans laquelle se trouvait une personne islamiste fichée "S", selon les informations du Figaro. 

Un cour sur la liberté d'expression au coeur du drame

Le professeur avait présenté des caricatures du prophète Mahomet à sa classe au début du mois d'octobre. Dans une vidéo, un parent d'élève aurait raconté sa version des faits, expliquant que l'enseignant avait demandé aux élèves musulmans de sortir lors du débat. "Ma fille a refusé de sortir. Il a montré un homme tout nu en leur disant que c'était le prophète", a-t-il déclaré. Des propos qui ont été contredits dans plusieurs médias depuis, la fille de ce parent n'ayant visiblement jamais été présente lors de ce cours.

Certaines familles se sont toutefois plaintes de ce cours auprès de la principale du collège le 5 octobre, demandant la démission de l'enseignant. Des rumeurs de "blasphème" auraient ensuite circulé auprès des habitants et des cités de la commune...

Sidération et émotion

Emmanuel Macron avait rapidement réagi à cet horrible crime et s'était rendu sur les lieux dans la soirée du 16 octobre.

"Un de nos concitoyens a été assassiné aujourd'hui parce qu'il enseignait, parce qu'il apprenait à des élèves la liberté d'expression, la liberté de croire et de ne pas croire. Notre compatriote a été lâchement attaqué, a été la victime d'un attentat terroriste islamiste caractérisé", a déclaré le Président de la République, en concluant : "Tous et toutes, nous ferons bloc... Ils ne passeront pas". "L'obscurantisme et la violence qui l'accompagne ne gagneront pas. Ils ne nous diviseront pas".

Le Syndicat national des enseignements de second degré (SNES-FSU)  avait appelé tout le personnel de l'Education Nationale à faire une minute de silence le samedi 17 octobre à 11h "en mémoire de notre collègue assassiné et en soutien à ses collègues, ses élèves, sa famille, ses proches".

Charlie Hebdo avait également partagé "son sentiment d'horreur et de révolte" sur le réseau social, assurant que "l'intolérance vient de franchir un nouveau seuil et ne semble reculer devant rien pour imposer sa terreur à notre pays"

Les députés de l'Assemblée Nationale se sont levés dans la soirée du 16 octobre "pour saluer la mémoire" du professeur décapité et dénoncer "un abominable attentat".