Judith Magre est aujourd'hui la doyenne des comédiennes françaises et elle soufflera bientôt ses 100 bougies.. mais ne veut surtout pas qu'on lui souhaite cet anniversaire ! Toujours aussi vive d'esprit et sans langue de bois, elle a accordé une interview au Journal des Femmes au cours de laquelle elle nous a confié sa hantise du temps qui passe et son envie de mourir vite... Mais, en attendant, elle est de retour sur les planches du Théâtre de Poche Montparnasse, en duo avec Eric Naulleau, pour parler d'Eugène Ionesco.
C'est le 20 novembre prochain que Judith Magre fêtera ses 100 ans mais la comédienne ne le cache pas : ce chiffre ne la met pas en joie, bien au contraire ! "Je vais avoir 100 ans, tout le monde le sait, c'est pas la peine de le cacher. Moi, ça ne me plaît pas du tout d'avoir 100 ans. J'en ai rien à foutre et je ne veux pas qu'on m'en parle. J'espère ne pas avoir 101 ans et crever avant. Être vieille, c'est moche et j'aurais aimé ne jamais vieillir. J'aurais mieux aimé crever plus jeune, mais bon. Mais le plus dur c'est que mes proches ne soient plus de ce monde. Mes amis et mes amours sont morts parce qu'ils ne sont pas arrivés à 100 ans", nous a-t-elle confié.
Cette longévité exceptionnelle, qui fait d'elle la comédienne la plus âgée toujours en activité, ne s'accompagne pas de secrets particuliers jure la star récompensée de trois Molières au cours de sa carrière : "J'aime me faire plaisir. J'ai toujours bu comme un trou et j'ai longtemps fumé deux paquets de cigarettes par jour. Maintenant, je ne les fume plus parce qu'on ne veut plus me donner de cigarettes, mais j'ai une cigarette électronique. Donc, je peux fumer toute la journée même si ce n'est pas la même chose..."
Et si Judith Magre a toujours assez de forme physique pour monter sur scène, tout en regrettant de ne plus pouvoir "courir, nager et sauter", pas question pour elle de nier sa vieillesse. L'occasion de clarifier une fausse information : elle n'a jamais eu recours au bistouri ! "C'est ce que j'ai lu ici et là mais en fait je n'ai fait qu'une fois une injection de collagène dans une ride et c'est tout !"
A l'approche de cet anniversaire fatidique, Judith Magre affirme qu'elle ne compte pas le fêter mais reste d'accord "pour boire un verre" avec ceux qui voudront passer un moment avec elle et, surtout, elle ne compte pas prendre sa retraite : "Tant que je pourrais parler et que je pourrais aller au théâtre, et tant qu'on me donnera quelque chose à dire, je n'arrêterai pas."
A-t-elle au moins peur de la mort ? Même pas ! "Non mais je voudrais qu'elle vienne vite. Je n'ai pas envie de souffrir. Je trouve que déjà être vieille implique des petites souffrances quotidiennes. Moi je voudrais bien mourir d'un coup. Je ne crois ni à Dieu ni au diable, mais s'il doit y avoir un paradis et un Dieu qui vous bénit, je pense que j'y ai droit ! Moi, je n'ai jamais fait de mal à personne et je suis une brave et gentille. Je ne vois pourquoi je n'irais pas au ciel (rires) !"
Pour l'heure, c'est bien sur la planète Terre, sur les planches avec Eric Naulleau, qu'on la retrouve tous les lundis à 19h. "Je l'adore ! J'aime sa gueule, sa voix, son intelligence, sa culture et la façon très aimable avec laquelle il me traite. Je l'aime beaucoup, je crois qu'il m'aime bien aussi !", dit-elle de son partenaire.
Quant à parler au public de Ionesco pendant 1h10, cela aussi la met en joie : "J'ai joué le Rhinocéros au théâtre de l'Odéon et il venait nous voir tout le temps. Il était petit, pas très beau et très gentil. Quand il arrivait, tout à coup, un petit vent soufflait dans le théâtre. On se disait : 'Il faut qu'on soit bien pour que ça lui plaise.'"
Crédits photos : Sébastien Toubon
