De l'autre côté de l'Atlantique, tout le monde la connaît. Quelle que soit sa discipline artistique, le tout Hollywood porte ses créations avec fierté. Parmi les noms qui arborent ses bijoux au patrimoine culturel riche (et niche) ; Gwyneth Paltrow, Cardi B, ou encore Alicia Keys. Du haut de ses 45 ans, MoAnA Luu a réussi à bâtir un empire dans la haute joaillerie, affiché en vitrine aux côtés des grands de l'industrie comme Chopard ou Patek Philippe. En exclusivité pour le Journal des Femmes, la créatrice nous raconte les prémisses de sa griffe et les projets qui l'animent.
Ni formation, ni passif professionnel dans le monde de la joaillerie : Moana a tour-à-tour été mannequin, évolué dans les cosmétiques, les médias, designé l'hôtel Apolline à Pointe-à-Pitre. Sur CV, rien ne prédestinait donc cette créative aux mille et une vies à se lancer sur ce marché à haut risque… du moins, c'est ce qu'on se dit si l'on ignore son histoire de famille. "Mon grand-père avait une bijouterie à Fort-de-France. J'ai grandi avec la culture des bijoux en or, mais aussi avec l'énergie des pierres précieuses. Quand j'ai montré les dessins de mes premières pièces à ma grand-mère de 97 ans, elle m'a dit : 'Donc tu as attendu 40 ans de ta vie pour revenir au business familial.'"
Loin d'alimenter un syndrome de l'imposteur, elle estime que cette méconnaissance technique lui confère l'inconscience et la liberté créative du profane : "Le fait que je sois nouvelle dans la joaillerie, je ne m'impose pas les contraintes créatives que quelqu'un va avoir naturellement en ayant fait une formation de joaillier. Mais ça ne marche pas toujours", plaisante-t-elle. Une imagination sans limites qui lui vaut la reconnaissance des célébrités : Gwyneth Paltrow s'en amourache, contacte Moana par mail qui nous avoue avoir d'abord cru à un "spam", distribue ses bijoux dans ses magasins Goop, tout en portant sans relâche le collier "Yva", inspiré de sa grand-mère et du collier grain d'or "signature de la culture créole".

La reconnaissance du milieu ne tarde pas à venir. En 2024, elle gagne le prix de designer joaillier aux Fashion Trust U.S. Awards. Mais ses clientes sont sa plus belle récompense. Elles vont jusqu'à traverser les frontières pour acheter ses pièces. Moana se souvient : "J'étais venue voir mon présentoir de bijoux chez Nordstrom à New York. Une dame vient me voir et me dit qu'elle a voyagé de France pour acheter une bague de chez nous. Elle en a pris 3."
Pourtant, sa "marque est née par accident." C'est en voulant écrire un livre sur l'artisanat créole que Moana a l'idée de lancer sa maison avec ses économies. Elle découvre que le savoir-faire joaillier se perd, fondu en masse par des artisans en mal d'argent : "Je me suis rendue compte que le peu d'artisans restants faisaient fondre des pièces pour l'or. Ils n'ont pas pu survivre avec l'augmentation des prix de l'or ces dernières années. Le problème, c'est qu'ils ne faisaient pas que fondre un bijou, ils faisaient surtout fondre l'histoire et le savoir-faire. C'est comme ça que j'ai commencé à faire mes premières créations." La business woman n'a pas dit son dernier mot : elle ambitionne de se lancer en Hexagone, avec toujours, au "centre de sa création", "sa famille" et ses grands mères, qui donnent déjà leur nom à ses collections.