Les sceptiques crieront à un énième concept de business né de l'imagination follement capitaliste de jeunes diplômés d'école de commerce. À Roubaix, dans les Hauts-de-France, il existe ainsi, caché entre les bâtiments de brique rouge de la ronronnante ville industrielle, un lieu qui, de par son originalité, enthousiasme la presse régionale depuis plusieurs années. Né en 2021, Les Trois Tricoteurs, aujourd'hui rebaptisé Sans Couture, est un atelier-"bar à tricoter" qui attire les roubaisiens et autres curieux originaires des quatre coins du territoire français. Mis en lumière par nos confrères du Parisien il y a cinq ans, ce lieu curieux a de nouveau fait l'objet d'un reportage sur France 2 avant-hier, dans l'émission Des racines et des ailes.
L'idée ? Faire fabriquer son pull en laine (presque) sur mesure, pendant qu'on se délecte d'un café ou d'une bière bien fraîche. "Ici, c'est un peu particulier, c'est un café, mais derrière la vitre, vous avez aussi des machines à tricoter" qui fabriquent les pulls pièce par pièce. Les fils de laine naturelle étant plutôt fins ; le pull dont on choisit la couleur, la taille, se termine en moins d'une heure.
Si la vitesse de fabrication peut prêter à confusion sur le leitmotiv de l'entreprise, le but des trois fondateurs est bien d'alerter sur la surproduction textile. Car quand on part de la demande pour fabriquer, et non plus de l'offre pour vendre, les surplus font partie d'un passé révolu, et on n'encourage plus autant à la surconsommation que jadis (du moins en théorie). "Dans le textile, on surproduit, et le but c'était de trouver une solution pour produire moins, uniquement à la demande", raconte Victor Legrain à la caméra de France 2. L'ancien étudiant en ingénierie textile a fondé, avec ses deux amis Sacha Boyadjian-Motta et Alexandre Bianchi, ce concept afin de sensibiliser au fléau qui touche l'industrie. En sirotant leur boisson, les clients peuvent ainsi observer tout le processus de fabrication qui se cache derrière leur pièce d'hiver. En plus d'être plus conscients, ils sont finalement plus attachés au vêtement : "C'est beaucoup plus intéressant comme expérience, on a vraiment un accompagnement et puis tout le savoir-faire derrière. Ça donne encore plus d'âme au vêtement", confie une cliente aux journalistes.
Si les machines font la majeure partie du travail, des mains humaines sont nécessaires à la finition pour vérifier les éventuels défauts, couper les fils de laine, presser la maille afin qu'elle se relaxe, repasser le pull avant la livraison finale. Et si la marque ravit les particuliers, une grande partie de sa fabrication (60%) est également destinée au B2B : Sans Couture produit notamment des pièces pour la maison française Cyrillus. Pour 2025, son chiffre d'affaires s'élevait ainsi à 1 million d'euros. Le "produire local" a de beaux jours devant lui.