Le luxe français connaît un ralentissement depuis quelques années. Ce sont en particulier les marchés d'ordinaire conquis par le rayonnement de Paris, tels que l'Asie et surtout la Chine, qui boudent aujourd'hui les maisons françaises. Les chiffres sont formels : au troisième trimestre 2026, les grands groupes tels que Hermès, Kering, ou LVMH ont ainsi connu une diminution notable de leur chiffre d'affaires dans cette zone géographique. Le groupe dirigé par Bernard Arnault accuse par exemple "une baisse de la demande chinoise d'environ 15%", selon Cécile Chabanis, sa directrice financière. Kering a quant à lui été ralenti par les mauvais chiffres de sa maison-mère Gucci. Mais si l'on s'imagine que le contexte macroéconomique difficile en Chine (chômage élevé, marché immobilier en berne) et la baisse du pouvoir d'achat global sont les seuls responsables de cette chute de popularité du luxe français, on est loin du compte. C'est aussi l'émergence de marques locales chinoises, telles que Songmont, qui pèsent négativement sur la balance et séduisent les habitants de l'Empire Céleste, selon les analystes de HSBC.
Amoureux du luxe français depuis la nuit des temps, les Chinois se tournent désormais vers des maisons nationales, au savoir-faire et à la qualité remarquables, qui se vendent de surcroît à des prix bien plus abordables que leurs homologues tricolores. Les sacs griffés Songmont valent entre 200 et 950 euros, soit plus accessibles que ceux de son rival français Polène, dont les nouveaux modèles (tels que le "Boky") affichent des prix un peu plus élevés depuis son rachat par LVMH. Le modèle best-seller, le dénommé "Luna", s'acquiert par exemple pour 390 euros.
Outre cette attractivité prix, au fil des années, Songmont a acquis une désirabilité sans frontières grâce à des célébrités reconnues pour leur allure Quiet Luxury, minimaliste et résolument chic. La maison vieille d'une décennie peut en effet se targuer d'avoir séduit l'américaine Kelly Rutherford, ou encore les français Audrey Tautou et Lucas Bravo, désormais égéries de la griffe.
Et si l'imaginaire français a toujours été un redoutable argument marketing pour attirer et conquérir les consommateurs de l'Empire du Milieu, Songmont les a envoûtés en prenant le contre-pied : en célébrant fièrement ses origines. Chaque collection est un véritable hommage à ses racines chinoises, aux éléments qui fondent l'Histoire de la nation : architecture des temples, route de la Soie etc.
Le storytelling global de la marque est également digne des grandes maisons séculaires : tout comme un iconique de la maroquinerie française, le premier sac Songmont serait né de l'envie de la fondatrice Fu Song d'avoir un sac élégant et suffisamment grand pour y placer son ordinateur portable et l'essentiel de sa vie de jeune maman. Artisane et couturière chevronnée, la mère de cette dernière a ainsi cousu le premier sac et réquisitionné d'autres mamies de sa ville natale "pour donner vie au croquis de sa fille." And the rest is history…