Le monde de la seconde main a bien changé. La collecte de vêtements est d'ailleurs la première à en subir les effets : depuis quelques années, en raison de nos nouvelles façons de consommer la mode, elle souffre d'un volume de vêtements difficile à gérer et à réexploiter - ces derniers étant souvent issus de l'ultra fast fashion et s'avérant de piètre qualité. Le Relais a par exemple vu ses dons augmenter de 50% entre 2020 et 2024 (Les Echos).
Nombre de déposants se demandent alors où les vêtements déposés finissent par aller. Un influenceur allemand (@moe.haa sur TikTok) a ainsi décidé de placer un AirTag dans une paire de baskets qu'il souhaite donner. Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est un AirTag, il s'agit d'un traceur bluetooth destiné à retrouver certains objets. Lorsqu'il est hors de portée, il s'appuie sur les appareils Apple environnants pour transmettre sa position.
Une fois l'avoir placé sous la semelle d'une des chaussures, l'influenceur les dépose dans une borne de collecte textile la Croix-Rouge. Quelques jours plus tard, il les localise en Bosnie-Herzégovine, soit entre 1250 et 1400 kilomètres de son point de départ. Il décide alors de prendre l'avion pour découvrir l'endroit précis où elles ont atterri. Surprise : elles sont revendues dans un marché vintage, et non pas données à des personnes démunies comme il l'imagine.
Si certains d'entre nous sont surpris, c'est en réalité une pratique courante pour les associations et/ou bornes textiles. En effet, Le Relais redonne en théorie les vêtements en bon état aux personnes défavorisées. L'autre partie, qu'il n'est pas parvenu à recycler, est ensuite vendue à d'autres pays sous forme de balles de textile (Afrique, Europe de l'Est). Repérée par nos confrères de Midi Libre, la news a depuis fait le tour des réseaux sociaux, contraignant la Croix-Rouge allemande à prendre la parole pour expliquer son fonctionnement.
Ce qui pose problème dans ce cas particulier, c'est que la paire de baskets est en excellent état. Pourquoi atterrit-elle dans une boutique de seconde main plutôt qu'aux pieds d'une personne dans le besoin ? La question de la priorisation des pièces données et de leur répartition se pose alors. Avec la popularité grandissante de la seconde main, on constate que les vêtements en meilleur état ne sont plus accessibles en priorité aux plus démunis, mais prises d'assaut par des fashion victims qui recherchent LA pépite... Une sorte de "gentrification du vintage" épinglée par de nombreux modeurs conscients.