Tout a commencé en 2017, sur Meetic. Melody, aujourd'hui âgée de 49 ans, fait la connaissance d'un certain Norbert, avec qui le feeling passe bien. Ils parlent de nombreux sujets, apprennent à se connaître… Exactement ce à quoi on peut s'attendre en s'inscrivant à ce genre de plateforme, sauf que cela cachait quelque chose. "Il a installé un filet autour de moi. Il me parlait de plus en plus souvent, me demandait ce que je faisais tous les jours, avec quels membres de ma famille je m'entendais bien... Je lui racontais que je ne sortais pas beaucoup parce que je suis en situation de handicap et en fauteuil roulant. Il a compris que j'étais assez isolée, il a su cerner mes faiblesses", nous raconte-t-elle.
Le contact passant bien, elle propose à Norbert de se voir. Il accepte, mais les semaines passent et la rencontre ne se concrétise pas. Alors Melody le relance, il lui explique qu'il a hérité d'un bateau qui se trouve en Afrique du Nord et qu'il doit s'y rendre afin de le vendre. "Il m'a proposé de voir le bateau en vidéo via Skype et, pendant la visite, quelqu'un qu'il présentait comme un collaborateur a fait tomber le téléphone. Il m'a dit que la caméra était cassée. L'excuse parfaite pour avoir des contacts uniquement sans vidéo", comprend-elle avec du recul.
C'est là que le piège se referme. Il commence à lui demander de l'aider afin de payer la réfection du bateau avant la vente : "C'était bercé de belles paroles, il m'assurait qu'il ne me le demandait qu'en désespoir de cause, qu'il n'y avait personne autour de lui… Tout pour que je ressente de l'empathie". Au début, Melody refuse de lui donner les 500 euros demandés. Mais elle finit par accepter et, ensuite, les problèmes nécessitant son aide deviennent de plus en plus nombreux, et les demandes financières avec, toujours en promettant de la rembourser. Aujourd'hui, elle nous confie qu'il est évident à ses yeux que toutes ces histoires abracadabrantesques étaient fausses mais, sur le moment, étant sous l'emprise de Norbert, elle n'avait pas les idées claires. Connaissant son handicap, il l'a persuade de lui donner ses identifiants bancaires pour faciliter ses démarches… Pour en réalité se servir sur ses comptes. "J'ai fait l'erreur de ma vie, mais je ne l'ai su qu'après", souffle Melody.
Quand elle voit les retraits sur le compte de de sa fille, où elle a placé 29 600 euros d'une assurance vie, elle lui demande des explications. Norbert prétexte alors avoir oublié de se déconnecter quand il était dans un cybercafé et que quelqu'un d'autre avait volé l'argent. Le mensonge de trop pour Melody, qui change aussitôt les codes et coupe tout contact. Par la suite, d'autres brouteurs s'en sont pris à elle, mais elle s'en est défait plus rapidement. Cela a duré jusqu'en 2019 et elle a perdu 100 000 euros au total.
Encore profondément marquée, Melody a raconté son parcours dans un livre, 97,53 %, Profession Arnacoeur, afin de faire de la prévention, car elle estime que cela peut arriver à tout le monde. "Ces histoires sont tellement bien scénarisées, les escrocs créent une telle emprise", explique-t-elle. "Quand on vient de rencontrer quelqu'un, surtout quand on ne s'est pas encore vu, on ne demande pas d'argent, encore moins avec insistance" souligne-t-elle.