"Dès 60 ou 65 ans, les gens s'inquiètent de ne plus pouvoir emprunter. Je leur dis toujours qu'ils sont encore très jeunes !" Acheter un nouvel appartement pour déménager au soleil, financer des travaux, changer de véhicule ou donner un coup de pouce à ses enfants... Les projets ne s'arrêtent pas à la retraite. Pourtant, pour de nombreux seniors, obtenir un crédit relève du parcours du combattant. Une idée reçue voudrait que la réglementation interdise d'accorder des prêts aux personnes âgées. C'est faux, nous explique Véronique Bougardier, courtière en crédit et directrice de son propre cabinet : "La loi française ne fixe pas d'âge maximal pour contracter un crédit, la vraie limite est bien plus tardive et concerne la date de la dernière échéance."
Le blocage ne vient pas des revenus du retraité : "Dans les banques classiques, les prêts s'arrêtent généralement au moment où les compagnies refusent d'assurer, souvent à 75 ans", résume Véronique Bougardier. Passé un certain âge, les surprimes médicales font flamber le coût total du crédit, jusqu'à dépasser le taux d'usure légal. L'établissement rejette alors automatiquement la demande, soucieux d'éviter la gestion d'un risque de décès et les délais d'une succession. Pourtant, là encore, souscrire une assurance emprunteur n'est pas une obligation légale.
Certains établissements spécialisés acceptent d'étaler les remboursements beaucoup plus tard, même sans assurance. "Dans les banques avec lesquelles nous travaillons, la limite pour la dernière échéance est de 90 ou 95 ans. On peut très bien faire emprunter une personne de 80 ans sur dix ans, si ses revenus le permettent", révèle Véronique Bougardier. Pour compenser l'absence de couverture décès, le dossier bascule alors sur un montage bien précis : le crédit hypothécaire. L'organisme prêteur ne sécurise plus la dette sur l'état de santé de l'emprunteur, mais sur la valeur de ses biens immobiliers. Une maison déjà remboursée et une pension de retraite suffisante pour honorer ses mensualités suffisent à rassurer la banque.
Reste une question : que devient le prêt en cas de décès ? La dette ne s'évapore pas, mais peut devenir un vrai levier fiscal pour les héritiers car "le crédit en cours rentre directement dans le passif successoral". Autrement dit, le fisc retire l'argent restant dû de la masse imposable. Si un parent laisse une maison à 300 000 euros avec encore 50 000 euros d'emprunt à solder, les héritiers ne paieront des droits que sur 250 000 euros et rembourseront la banque grâce à la revente du bien ou aux liquidités de la succession. Payer une assurance peut donc s'avérer contre-productif.
Véronique Bougardier se souvient d'une cliente qui versait 1 000 euros de cotisations mensuelles : "Elle se privait au quotidien pour laisser une maison sans dette à ses fils, alors qu'ils voulaient la revendre. Je lui ai dit : vous vous privez pour que votre argent aille au fisc ! S'ils héritent d'un bien totalement payé, ils régleront des droits de succession sur 100 % de sa valeur." Un calcul à prendre en compte pour préserver son pouvoir d'achat sans léser ses proches au moment du décès.