Publier des photos et vidéos de ses enfants sur les réseaux sociaux n'est pas anodin. Selon un rapport du National Center for Missing and Exploited Children, la moitié des photos qui s'échangent sur les forums pédopornographiques ont été initialement partagées par les parents. Et, avec l'IA, le risque de détournement est encore plus fort. Alors, les parents se tournent vers des applications de partage de photos entre proches (Family Album, Memo Famille, Wiizo…). "C'est une bonne chose, ça démontre que les messages de prévention commencent à infuser dans la société et une prise de conscience des enjeux de la publication de ce type de contenu concernant des enfants sur les réseaux", réagit Thomas Rohmer, co-fondateur et directeur de l'Observatoire de la Parentalité et de l'Éducation Numérique.

Cet expert estime que "tout ce genre d'alternatives sont intéressantes", car "bien sûr qu'en 2026, vouloir empêcher les gens de partager des contenus avec leurs proches, c'est quelque chose qui n'a aucun sens". Mais ce n'est pas pour autant qu'on peut se servir de ces applis avec insouciance : "Tout dépend vraiment de la manière dont c'est utilisé, mais aussi de se renseigner sur ses outils". Par exemple, quelles données sont collectées et les applications respectent-elles le RGPD ? Utilisent-elles l'IA et la reconnaissance faciale pour faciliter le classement des photos ?...

Le directeur de l'OPEN rappelle que la loi européenne, qui s'applique en France, prévoit un droit à l'effacement : "Les enfants ont le droit de l'invoquer lorsqu'ils grandissent pour réclamer la suppression de l'ensemble des données les concernant. On peut s'interroger de la possibilité pour eux d'effacer ces contenus alors que ce sont les parents qui ont créé les comptes, et que la loi prévoit qu'ils peuvent réclamer l'effacement sans faire appel à l'autorisation parentale". Il évoque enfin le risque de piratage : "A l'heure où même le ministère de l'Intérieur en France ne parvient pas à sécuriser ses serveurs, que se passe-t-il sur ces plateformes sont attaquées et que les contenus sont piratés, volés et mis en vente sur le web ?".

"Ce genre d'initiatives est louable. Pour autant, il ne faut pas oublier que derrière ces structures, il y a des entreprises privées et qu'il y a des petites zones de flou qui demeurent, même si elles restent plus vertueuses que les réseaux sociaux. Le grand principe à retenir, c'est qu'à partir du moment où on dépose des photos en ligne, que ce soit sur un serveur ultra sécurisé, sur une plateforme qui n'est pas un réseau social, ou même sur des groupes de messageries, il faut accepter qu'elles nous échappent. Le risque zéro, malheureusement, est inatteignable et n'existera jamais", résume Thomas Rhomer.

Pour s'en approcher au maximum, il recommande se renseigner sur la sécurité de ces applis et rappelle que les mêmes règles s'appliquent que sur les réseaux sociaux : pas d'images où apparaissent d'autres enfants que les siens ou problématiques (dénudées, humiliantes…), reteindre la liste des personnes qui y ont accès, faire le tri régulièrement, et toujours demander le consentement de l'enfant (s'il est assez grand).