Sorti d'un bac économique pour entrer en prépa HEC, avant d'intégrer une école de commerce, André semblait avoir un chemin tout tracé. Après son service militaire, il enchaîne ainsi plus de dix ans de carrière dans l'informatique. Pourtant, à l'aube de la quarantaine, il fait le choix d'une reconversion à l'opposé de son quotidien : la petite enfance. "J'ai tenté, mais sans grande motivation, le concours de professeur des écoles avec l'optique d'enseigner en maternelle. Puis, j'ai postulé pour devenir assistant maternel", nous raconte André. Aujourd'hui âgé de 51 ans, il exerce ce métier depuis douze ans.
Grâce au soutien de son entourage et notamment de sa sœur, elle-même assistante maternelle, André a pu "mettre en place son projet" sans grande difficulté. Dans une profession représentée à plus de 99 % par des femmes, les stéréotypes auraient pourtant pu se transformer en obstacles. "Je n'ai jamais eu, du moins consciemment, besoin de casser des réticences. Les parents qui font la démarche de me rencontrer ont déjà considéré la possibilité de confier leur enfant à un homme", explique André.
Lui-même père de famille et bien évidemment agréé, André prend néanmoins les devants et "répond spontanément aux interrogations" que pourraient avoir les parents. "Je précise bien ce qui m'est autorisé et ce qui m'est interdit par la PMI [Protection Maternelle et Infantile], et ce que je m'interdis de faire en tant qu'homme", nous précise-t-il. Si "tout ce qui est intrusif est strictement interdit" à tous les assistants maternels, à l'instar de la pose d'un suppositoire par exemple, André s'impose personnellement d'autres restrictions : "Je m'interdis d'être trop tactile avec les enfants pour éviter toute ambiguïté, ce que ne ferait pas une collègue qui ne se pose pas ce genre de question. Garder une certaine distance limite les risques d'un éventuel questionnement." Une transparence d'autant plus sensible que l'actualité récente a été marquée par plusieurs scandales dans le secteur périscolaire, ravivant les craintes de nombreuses familles.
S'il a parfois dû "faire ses preuves" pour être pleinement accepté, André remarque toutefois que "l'acceptation des hommes comme assistants maternels progresse lentement mais sûrement". Mais certains clichés ont la vie dure. Bien que cela "choque beaucoup moins qu'avant", il continue à faire face à quelques regards surpris dans la rue. "La situation qui pourrait être la plus difficile est celle qui me fait le plus rire : le regard de certaines personnes croisant pour la première fois un homme avec une poussette 4 places. On a l'impression qu'elles ont croisé un extra-terrestre", s'amuse André.
D'ailleurs, les assistants maternels le savent : ils ne sont "que rarement le premier choix des parents", contactés "qu'en cas de réponse négative" de leurs collègues femmes. Inconsciemment, l'imaginaire collectif associe encore presque exclusivement la figure féminine à la capacité de s'occuper d'un tout-petit, à ce fameux "instinct maternel" qui pourtant n'est pas réservé qu'aux femmes. Et surtout, André tient à le rappeler : les hommes ont "exactement la même formation" que leurs collègues féminines, les mêmes règles "très strictes" et bien sûr "le même objectif", celui de "proposer le cadre le plus adapté possible pour permettre à votre enfant de grandir et de s'épanouir".