Après un cursus au très renommé lycée Louis-le-Grand, conclu par un bac mention Très Bien, c'était la suite logique. Avec son parcours irréprochable, Emmanuel a décroché le sésame que beaucoup espèrent : une admission en classe préparatoire au prestigieux lycée Henri-IV, l'une des formations les plus sélectives de France. Pourtant, en septembre, le jeune homme de 18 ans n'a pas poussé les portes de l'établissement parisien… Il a demandé à Henri-IV de garder sa place pour la rentrée prochaine, afin de prendre une année de césure et lancer son entreprise.

"J'ai opté par défaut pour la prépa parce que j'étais un bon élève. Mais je savais depuis des années que je voulais créer des entreprises", nous raconte Emmanuel. Depuis l'âge de 11 ans, il rêve de façonner sa propre "Silicon Valley en Europe" et d'obtenir un "succès mondial". Pas fâché avec l'ambition, le tout jeune bachelier a donc lancé Neltya, une structure "qui crée des outils neutres pour aider les gens à mieux décider, sans publicité ni commission". "L'idée m'est venue il y a un an. Avec ma classe, on a offert un téléphone à notre professeur. On a payé 300 euros et deux jours plus tard, j'ai vu le même produit à 250 euros. Si nous n'avions pas trouvé le meilleur prix en y passant du temps, et en sachant utiliser les technologies… ça devait être le cas de plein d'autres gens", explique Emmanuel. L'adolescent a donc créé son premier produit, LESSIO, "un conseiller économique personnel" 100 % neutre qui "cherche et compare les offres sans être biaisé par des pubs, des commissions ou des liens affiliés : il recommande à chacun, selon ses critères et son budget, ce dont il a besoin pour prendre la meilleure décision en temps réel."

Quitter cette voie toute tracée était un pari risqué, et ses parents ont été les premiers "réticents". "Ça n'a pas été facile de les convaincre, mais ils ont soutenu mon choix", se réjouit Emmanuel. Le soutien de ses professeurs a pesé dans la balance pour rassurer sa famille, tout comme sa détermination à toute épreuve : "Ils savent que quand je veux quelque chose, je me donne à fond. Ils savent que je ne vais pas jouer aux jeux vidéo toute la journée, que ça va être du vrai travail." Justement, Emmanuel ne se tourne pas les pouces. Entre le développement technique, la communication et la levée de fonds auprès d'investisseurs, il consacre "10 à 12 heures par jour" à son entreprise, "du lundi au samedi". Emmanuel travaille ainsi plus de 70 heures par semaine, un rythme bien différent de ses amis étudiants. Mais paradoxalement, c'est aussi ce qui lui donne sa motivation : il se se donne à 100 %, car "quitte à sacrifier [sa] jeunesse, il faut que ça compte et que ce soit un succès". 

En juillet 2027, Emmanuel devra toutefois faire un choix : intégrer Henri-IV ou renoncer à son cursus scolaire. "Je veux que mon entreprise devienne assez grande pour que le dilemme soit le moins difficile à trancher." Dans tous les cas, il "n'en aura pas fini" avec l'entreprenariat. "Si je reprends le chemin des études, mon plan B serait de travailler dans la finance pour amasser suffisamment d'argent et autofinancer mes prochaines entreprises." Pour Emmanuel, la question n'est plus de savoir s'il obtiendra un diplôme d'élite, mais s'il aura la patience d'attendre sept ans d'études avant de bâtir la suite.