Télé, bonbons, heure du coucher... Chez les grands-parents, il y a souvent quelques entorses au règlement familial. Et c'est aussi ce qui fait le bonheur des petits-enfants qui voient que les règles sont un peu plus souples qu'avec papa et maman. Le problème n'est donc pas que mamie autorise une deuxième part de gâteau alors que les parents auraient probablement dit non. Il apparaît plutôt dans la façon de présenter ces petits passe-droits à l'enfant. Dans un article du HuffPost, Jillian Amodio, thérapeute et travailleuse sociale spécialisée dans la santé mentale des enfants et des familles, alerte sur une habitude très courante chez les grands-parents. Si elle peut paraître anodine, elle s'avère aussi dangereuse selon la spécialiste.
L'habitude à perdre est tout simplement de dire à son petit-enfant : "C'est notre petit secret", "on ne le dira pas à papa" ou "surtout, ne raconte pas ça à maman". Jillian Amodio estime qu'habituer un enfant à cacher de petites choses peut ensuite faciliter le travail de personnes mal intentionnées qui chercheraient à obtenir son silence sur des comportements plus graves. En France, la Fondation pour l'Enfance recommande d'apprendre aux enfants qu'un secret qui les rend anxieux, tristes, leur fait peur ou les met mal à l'aise ne doit pas être gardé. Elle conseille de poser une règle simple : l'enfant doit parler à ses parents lorsqu'une personne lui demande de garder un secret.
Pourquoi être aussi catégorique alors que le fameux secret concerne parfois trois bonbons et un épisode de dessin animé ? Parce qu'un jeune enfant ne possède pas encore les mêmes outils qu'un adulte pour faire le tri entre les situations. Si les personnes qu'il aime lui apprennent qu'il est normal de cacher certaines choses à papa ou maman lorsqu'un adulte le lui demande, la frontière devient beaucoup moins nette. Or le secret fait justement partie des moyens utilisés pour maintenir des enfants dans le silence lorsqu'ils subissent des violences. La Fondation pour l'Enfance explique que des auteurs peuvent exercer des pressions, utiliser le chantage, faire des promesses ou présenter les faits comme quelque chose qui doit rester entre eux.
Ce mécanisme est suffisamment important pour que la CIIVISE, la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, l'ait également identifié dans ses travaux sur les violences sexuelles faites aux enfants. Dans son rapport de 2023, la commission explique que l'agresseur peut imposer le silence en présentant les faits comme "notre secret", tout en jouant sur l'affection, la peur ou la loyauté de l'enfant. Plus récemment, en juin 2026, elle rappelait que les violences sexuelles, notamment incestueuses, s'inscrivent dans des mécanismes de silence, d'emprise et de crainte de ne pas être cru. L'idée n'est donc pas de soupçonner papi ou mamie parce qu'ils ont sorti les biscuits en douce, mais d'éviter d'apprendre à l'enfant un fonctionnement que d'autres adultes pourraient ensuite détourner.
La meilleure alternative au secret reste de parler de "surprise" lorsqu'il s'agit réellement de cacher temporairement quelque chose, comme un cadeau ou une fête d'anniversaire. La différence est assez facile à expliquer à un enfant : une surprise est agréable et, surtout, elle a une date de fin. On ne dit pas à maman ce qu'il y a dans son paquet aujourd'hui parce qu'elle le découvrira dimanche en l'ouvrant. En revanche, personne ne doit demander à un enfant de garder durablement une information pour lui. Même pour les petites entorses aux règles, mieux vaut donc assumer : "Chez mamie, aujourd'hui, on mange une glace avant le dîner" plutôt que "Ne dis surtout pas à papa qu'on a mangé une glace". Le plaisir reste exactement le même pour l'enfant.