Que ce soit les accès de colère inconsolables d'un bambin, ou les sursauts d'indépendance qui accompagnent la fameuse crise d'ado, les parents sont régulièrement confrontés à des débordements intenses. Ces crises, bien que difficiles à supporter au quotidien pour la famille, sont en réalité très courantes à de multiples âges. Elles constituent avant tout une étape naturelle du développement, par laquelle la grande majorité des enfants et des adolescents passent inévitablement pour tester les limites et s'affirmer face à l'autorité parentale.
Face à ces situations qui se répètent, il est tout aussi naturel que les parents finissent par perdre leur calme, hausser le ton voire crier, faute d'une meilleure solution. Mais beaucoup l'auront remarqué : répondre à l'agressivité par la colère peine souvent à apaiser un jeune enfant, et ne fait généralement qu'envenimer les conflits face à un adolescent. C'est sur ce point précis que la psychologue américaine Juli Fraga, interrogée par la CNBC, observe une autre méthode bien plus efficace chez certains parents. Selon la spécialiste, ceux qui gèrent le mieux ces crises ont tous un point commun : ils ont l'habitude de se comporter comme des "détectives", plutôt que comme des "PDG".
Concrètement, au lieu d'agir comme des patrons en donnant des ordres stricts et en exigeant une obéissance immédiate pour faire cesser la crise, ces parents cherchent d'abord la cause du problème. "Essayez d'adopter un état d'esprit curieux, en vous demandant : que se passe-t-il chez mon enfant en ce moment qui explique ce comportement ? Par exemple, un enfant qui ment peut avoir peur d'être puni, tandis qu'un adolescent qui repousse les limites peut aspirer à plus d'indépendance. Lorsque vous identifiez la cause sous-jacente, vous avez résolu le mystère, ce qui représente plus de la moitié du chemin", explique Juli Fraga.
Toujours selon la psychologue, ces parents "détectives" n'hésitent pas à remettre en question leurs propres réactions : "Les enfants imitent les comportements qu'ils observent à l'école et à la maison. Si les mauvais comportements de votre enfant se répètent, interrogez-vous sur vos propres actions. Comment je gère mes propres émotions ? Qu'est-ce que je fais lorsque je me sens en colère, triste, anxieux ou effrayé ? Est-ce que j'utilise des mécanismes de défense pour faire face à des émotions douloureuses au lieu de les affronter ? Le comportement de mon enfant reflète-t-il le mien ?" En prenant du recul sur leur propre comportement, les parents peuvent plus facilement comprendre comment leurs enfants réagissent à une émotion négative.
D'ailleurs, le premier pas consiste à apprendre aux enfants à identifier et à nommer clairement ce qu'ils ressentent, avant même d'essayer d'y apporter une solution. "Mettre des mots sur nos sentiments aide à apaiser l'amygdale cérébrale et à atténuer les émotions intenses. Le simple fait de demander à l'enfant 'tu es triste ?', 'tu es en colère ?', ou 'tu es inquiet ?' est un bon début", conseille Juli Fraga. Cette posture d'investigation porte ses fruits : elle permet de rétablir la communication sans escalader le conflit, et aide les enfants à développer une meilleure intelligence émotionnelle, pour mieux affronter les échecs et gagner en autonomie sur le long terme.