Depuis quelques années, les métaphores autour de la parentalité foisonnent sur les réseaux sociaux. Alors qu'on connaît la personnalité des parents poules depuis toujours, on découvre désormais qu'il existe aussi des pères ou mères tigres, hélicoptères ou encore contrôleurs aérien, mais aussi des "bêta moms" ou même "butter moms"... Que d'expressions imagées qui décrivent des modes d'éducation tous différents, avec leurs forces et leurs fragilités. Mais plus récemment, c'est le "eggshell parenting" qui fait parler de lui, et pas pour les bonnes raisons.

Sur les réseaux sociaux et dans les médias, de nombreux psychologues et spécialistes de l'enfance tirent la sonnette d'alarme autour de ce comportement toxique dont les parents n'ont souvent pas conscience, et qui pousse les enfants à développer une hypervigilance épuisante au quotidien. À long terme, les enfants peuvent souffrir d'anxiété voire de dépression, mais aussi avoir des difficultés à réguler leurs émotions et à tolérer la frustration une fois adultes. C'est la psychologue américaine Kim Sage, très active sur TikTok, qui a théorisé ce concept de la parentalité "coquille d'œuf" : un phénomène où l'instabilité et l'immaturité émotionnelles de l'adulte obligent l'enfant à "marcher sur des œufs" en permanence. 

Concrètement, un eggshell parent a des sautes d'humeur, des accès de colère et des comportements incohérents, comme des limites strictes un jour puis plus souples le lendemain par exemple. Il réagit de façon imprévisible. Résultat, l'enfant craint de contrarier ou décevoir son parent dès qu'il s'exprime, ne sachant jamais à quoi s'attendre. "C'est une façon de placer l'enfant dans une situation où il doit constamment être sur le qui-vive, attentif à ce qui pourrait arriver ensuite. Même si vous êtes aimant, attentionné et formidable, si cela implique que vous pouvez être source d'insécurité, au fond, vous n'êtes pas rassurant", explique Kim Sage. 

Bien sûr, il peut arriver à n'importe quel parent de perdre son sang-froid et de crier de temps en temps, sans que cela constitue une forme d'eggshell parenting. C'est lorsque ce comportement devient très récurrent qu'il fragilise le développement des enfants, qui grandissent alors dans une insécurité émotionnelle permanente. "De nombreux parents n'ont pas conscience d'adopter ce mode d'éducation. Personne ne choisit d'élever ses enfants de cette façon, c'est tout simplement leur nature", explique à son tour Zishan Khan, psychiatre pour enfants, auprès du magazine américain Parents. Selon lui, cette forme de parentalité peut conduire à un inversement des rôles, où l'enfant se retrouve à porter la responsabilité du bien-être émotionnel de ses parents, et donc à culpabiliser lorsque les choses ne se passent pas comme ils l'auraient voulu. Pour préserver la paix à la maison, l'enfant met alors ses propres besoins de côté.

Ces parents "coquille d'œuf" souffrent souvent eux-mêmes d'anxiété voire d'hypersensibilité. Pour Zishan Khan, "le mieux à faire est de tenter de rompre ce cycle en améliorant sa façon de réagir aux situations stressantes" et en se posant les bonnes questions, pour avoir conscience de sa propre toxicité : "Les gens ont-ils parfois du mal à interagir avec vous en raison de vos fréquents changements d'humeur imprévisibles ? Lorsqu'un événement survient, même relativement mineur, les gens s'inquiètent-ils de la façon dont vous allez réagir ? Ce sont là des signes importants indiquant que vous présentez les traits caractéristiques d'un parent coquille d'œuf, et que vous devez vous efforcer d'améliorer cela lorsque vous élevez un enfant." 

La première chose est d'expliquer clairement ses ressentis d'adulte : "J'ai eu une journée difficile et je suis très fatigué, cela n'a rien à voir avec toi". En séparant la gestion de son propre stress de l'éducation du quotidien, le parent rétablit une sécurité affective indispensable pour que l'enfant n'ait plus à porter le poids du climat familial.