VITA & VIRGINIA : Chanya Button investit les amours littéraires

Dans "Vita & Virginia", en salles le 10 juillet, la cinéaste Chanya Button relate par le menu l'histoire d'amour ayant lié les auteures Virginia Woolf et Vita Sackville-West. Et nous plonge dans le pouvoir vertigineux de la création.

VITA & VIRGINIA : Chanya Button investit les amours littéraires
© Pyramide Distribution

A 32 ans, Chanya Button livre avec Vita & Virginia son second long-métrage après Burn Burn Burn (2015). Pour l'occasion, elle explore la personnalité d'une auteure qu'elle a étudiée et dont elle est complètement fan : Virginia Woolf. Loin d'être un biopic classique, son opus s'articule sur une période précise de la vie de son sujet (incarné par Elizabeth Debicki) : celui de sa rencontre inspirante et passionnelle avec l'écrivaine Vita Sackville-West (Gemma Arterton). Button dresse ainsi les portraits vibrants de deux femmes ivres de liberté et d'un modernisme qui explose tous les corsets de l'époque. Pour le Journal des Femmes, elle commente trois aspects de son travail.

L'évocation d'une icône

"Virginia Woolf est l'écrivaine qui m'a poussée à être cinéaste, notamment grâce à son puissant essai On being ill où elle parle de sa santé. On peut la voir comme une femme du passé et, pourtant, elle était passionnée par la technologie. Elle était là dès la naissance du cinéma, dont elle aimait les techniques. Je l'ai étudiée en littérature anglaise. Je me souviens de m'être retrouvée face à ses livres en me demandant comment je pouvais contribuer, à ma manière, à une telle oeuvre. J'ai eu une véritable relation personnelle avec son travail. Du coup, j'étais en confiance pour l'évoquer à travers ce film. Le fait que je connaisse bien mon sujet donne d'ailleurs de la perspective à ce projet cinématographique. (…) Avec Orlando, elle a écrit l'histoire de Vita Sackville-West en réinventant les codes traditionnels de la biographie. Vita & Virginia est basé sur la pièce d'Eileen Atkins, elle-même inspirée de la correspondance entre les deux femmes. Après de longues conversations, Eileen et moi nous sommes dit que le film devrait se focaliser sur le moment où Vita inspire Virginia. L'éveil sexuel a gonflé le pouvoir de création de Woolf. Est né de cette relation Orlando, qui fut un tournant dans sa carrière. Elle devint populaire juste après."

Privilégier une approche moderne 

"La musique de mon long-métrage a été pensée par Isobel Waller-Bridge, qui était présente pendant les phases d'écriture, de tournage et de montage. Je voulais qu'elle ait des notes contemporaines qui épousent parfaitement le progressisme de mes deux héroïnes, lesquelles étaient si en avance par rapport à leur époque. Ce choix de bande originale permet de cueillir les plus jeunes spectateurs, de les connecter à l'histoire et de les toucher. Vita et Virginia ont brisé les règles de littérature, de construction narrative… Woolf est parvenue à capturer l'essence d'une personne de manière imaginative et non historique. Elles étaient toutes deux mariées, vivant des relations positives avec leurs maris. Pour autant, elles n'ont pas eu peur de se soutenir et s'aimer. Au-delà de leur approche du travail, elles font montre de modernité en brisant le modèle du mariage. On a fait beaucoup de recherches sur tous les aspects de l'histoire. On a consulté des membres des familles existantes. J'ai aussi vu The Hours de Stephen Daldry et l'adaptation d'Orlando par Sally Potter… In fine, mon souhait, c'est de m'inscrire dans la lignée de ces films et de participer au testament qu'on écrit à Virginia."

Des actrices au diapason

"Gemma Arterton a amené le projet à moi. Dès le début, elle était impliquée en tant que productrice. Nous avons eu une relation très organique. Elle n'avait jamais lu Virginia Woolf. Elle a juste été très touchée par l'histoire. Maintenant, elle s'y connait beaucoup plus (rires). Preuve qu'on peut aimer le film sans rien savoir de la vie de l'héroïne. Concernant Elizabeth Debicki, je l'ai découverte au théâtre et j'ai été immédiatement soufflée par son charisme et son intelligence de jeu… A l'écran, elle est captivante et restitue toute l'essence qui habite Virginia Woolf. Elle l'est devenue sous mes yeux. Je suis persuadée que le public contemporain va se sentir lié à elle parce que sa prestation est ouverte et accessible émotionnellement. Toutes les trois, nous avons travaillé au mieux pour restituer l'intimité entre ces deux femmes en nous appuyant sur le nombre incroyable de lettres qu'elles se sont écrites. Il fallait y faire le tri et trouver notre propre interprétation. Savoir précisément où on avait envie de poser nos voix. Et c'est leur modernisme qui nous a touché mais également cette vision alternative du mythe de l'artiste et de sa muse. Ici, ce sont deux auteures qui se complètent et s'inspirent de manière équitable." 

VITA & VIRGINIA : Chanya Button investit les amours littéraires
VITA & VIRGINIA : Chanya Button investit les amours littéraires

A 32 ans, Chanya Button livre avec Vita & Virginia son second long-métrage après Burn Burn Burn (2015). Pour l'occasion, elle explore la personnalité d'une auteure qu'elle a étudiée et dont elle est complètement fan : Virginia Woolf....