Le Facteur Cheval, l'ingénieux du village et son Palais Idéal

Considérée par beaucoup comme la huitième merveille du monde, le Palais Idéal de Ferdinand Cheval est mis en lumière dans "L'incroyable Histoire du Facteur Cheval", un film de Nils Tavernier, emmené par Jacques Gamblin et Laetitia Casta. Découvrez la véritable histoire de ce courageux employé des Postes qui a, sans relâche, mené à bien son extraordinaire construction.

Le Facteur Cheval, l'ingénieux du village et son Palais Idéal
© SND

L'incroyable histoire du Facteur Cheval, réalisé par Nils Tavernier, en salles le 16 janvier, nous dépeint l'aventure artistique hors-du-commun dans laquelle s'est lancée Joseph Ferdinand Chevalier, en 1879. Son Palais Idéal, construit dans le village d'Hauterives a inspiré les artistes à travers les décennies et continue d'attirer les visiteurs de par le monde. Comment un facteur autodidacte a-t-il construit cette incroyable œuvre architecturale ?
Enfant de paysans pauvres, né dans la Drôme en 1836, Ferdinand Cheval devient habile de ses mains en travaillant au côté de son père. Devenu apprenti boulanger à 13 ans, il développe son don pour la sculpture au gré des mouvements de pétrissage de la pâte. En 1858, il épouse la lingère Rosalie Revol, qui met au monde deux fils, dont le premier meurt précocement. C'est alors qu'il change de vie et passe le concours d'employé des Postes. Un métier éprouvant. Chaque jour, l'énergique marcheur effectue une tournée de huit heures, durant laquelle il parcourt 33 kilomètres à travers les routes escarpées de la Drôme, afin de distribuer le courrier. De quoi lui laisser le temps de nourrir son imaginaire. Après la mort de son épouse, Ferdinand Cheval se remarie avec la veuve Claire-Philomène-Richaud.

Le fabuleux destin de Ferdinand Cheval

Un jour de 1879, alors qu'il est âgé de 43 ans, le facteur trébuche sur une pierre de forme extravagante. Si Newton a découvert la loi de la gravitation grâce à son illustre pomme, Ferdinand Cheval est frappé d'une révélation grâce à ce simple caillou : il se met en tête de construire un Palais Idéal, avec la seule force de ces mains et les outils que lui procurent la nature. "C'était une pierre d'achoppement de forme si bizarre que je l'ai mise dans ma poche pour l'admirer à mon aise. (...) Je me suis dit: puisque la nature veut faire la sculpture, je ferai la maçonnerie et l'architecture", explique-t-il dans L'histoire du Palais Cheval édifié à Hauterives-Drôme. À la même période, sa fille Alice naît. Une année décisive pour notre cher postier, donc.

Vaille que vaille, Ferdinand Cheval récolte des pierres avec sa brouette, durant ses éprouvantes journée de travail, et façonne son incroyable palais la nuit, à la lueur de la bougie. Sans doute inspiré par les cartes postales et les gravures de la Revue Illustrée et du Magazine Pittoresque qu'il distribue journellement, le résilient quarantenaire construit une somptueuse architecture qui n'obéit à aucun code. Des inscriptions philosophiques, des symboles, des sculptures d'animaux tels que l'éléphant, l'ours ou l'oiseau, sont parsemées ça et là. Hiver comme été, inlassablement, le facteur Cheval continue sa construction pour donner vie à sa créativité formidable… et on ne peut plus éclectique. Au sein de ce palais, il érige un temple égyptien, une mosquée, une fontaine, un chalet suisse et même une sorte de musée antédiluvien où il rassemble ses pierres. Le brassage des cultures et des influences est assumé. "Les fées de l'orient viennent fraterniser avec l'occident", lit-on à l'entrée de la mosquée.

Pour garder le monument, il fait appel aux géants César, Vercingétorix et Archimède, des figures qu'il sculpte à l'entrée de la façade est. "Tout ce que tu vois, passant, est l'œuvre d'un paysan", inscrit-il, non loin des phrases "À coeur Vaillant rien d'Impossible", de Jacques Cœur et "Le Faible comme le Fort sont égaux devant la mort". Art brut, et méditation, donc.

Un génie incompris

À mesure que son incroyable construction prend de l'ampleur, Ferdinand Cheval passe pour un illuminé, un hurluberlu, un toqué auprès de la population. "Il perd son temps avec ces fariboles", murmurent les villageois, dans un élan d'incompréhension ou peut-être de jalousie. Peu à peu, Cheval est surnommé "l'idiot du village". Toutefois, il en faut plus pour décourager le vieil homme. Il mènera à bien la construction de son palais idéal, un point c'est tout !

En 1894, sa fille Alice décède brutalement à 15 ans. Un épisode douloureux dont il peine à se relever. Deux ans plus tard, à 60 ans il prend sa retraite. Un gain de temps qui lui permet de se plonger corps et âme dans son œuvre, sans relâche… jusqu'à enfin achever son Palais Idéal, en 1912.

Il s'accorde alors un répit, sans doute bien mérité, mais qui fut de courte durée. Deux ans plus tard, à la mort de son épouse, il donne tout son sens à l'expression "creuser sa fosse" en entamant la construction de son tombeau, au cimetière du village de Hauterives, dans la même veine que son fameux palais. En 1924, il est inhumé dans ce mausolée, au côté de ses trois enfants et de son épouse. Même par-delà la mort, les moqueries continuent de fuser de part et d'autre, malgré les soutiens de Picasso et André Breton. 
C'est bien des années plus tard, en 1969, que son génie est reconnu à sa juste valeur, grâce à l'intervention du ministre de la Culture André Malraux, qui donne le titre de "monument historique" au palais de Ferdinand Cheval. Aujourd'hui, les visiteurs continuent d'affluer par milliers dans ce petit village de la Drôme, éternellement marqué par l'imagination sans bornes de ce facteur pas comme les autres. 

L'incroyable Histoire du Facteur Cheval, un film de Nils Tavernier, en salles le 16 janvier.