Diane Rouxel : "J'ai rarement été aussi libre"

Révélée par Larry Clark, Diane Rouxel continue d'éclabousser le cinéma français de son talent dramatique. L'actrice est admirable en jeune fille dévouée à sa soeur handicapée dans "Marche ou Crève", en salles le 5 décembre. Interview.

Diane Rouxel : "J'ai rarement été aussi libre"
© Nour Films

Diane Rouxel fait du cinéma parce qu'elle "aime bien les gens". Dans Marche ou Crève, film quasi autobiographique de Margaux Bonhomme, son personnage Elisa aime beaucoup sa sœur Manon, handicapée. Alors que ses amis vivent leurs premières amours et profitent de l'insouciance de leur âge, elle passe son temps auprès d'elle et de son père, dépassé depuis le départ de son épouse. Un rôle puissant qui interroge les responsabilité, le sacrifice et les liens familiaux, dont nous avons pu parler avec l'actrice.

Le Journal des Femmes : Qu'est-ce qui vous a plu dans ce projet ?
Diane Rouxel : Margaux m'a raconté son histoire. Je connaissais très peu de personnes avec un handicap si poussé. De savoir tout ce qu'elle a vécu m'a touchée. Je l'ai rencontrée avec la productrice deux ans avant le tournage. J'avais eu les larmes aux yeux en lisant le scénario, alors après notre rencontre, c'était parti.

Comment décrivez-vous Elisa ?
Elisa a une grande force en elle. Elle a des responsabilités qu'on n'a normalement pas à cet âge. Elle est submergée par ces obligations qu'elle se donne. Elle se coupe du monde extérieur, s'enferme dans ce cocon familial qui ne lui convient pas à son âge parce qu'elle a besoin de vivre sa vie. Sa carapace ne laisse aucune place à la légèreté. Elle se construit avec sa sœur, c'est là qu'est sa place.

Comment avez-vous appréhendé ce personnage ?
On s'est vues beaucoup de fois avec Margaux pour réécrire des choses. J'ai rarement été aussi libre, impliquée dans la création, bien que le rôle soit un peu autobiographique. On a décortiqué chaque scène, j'ai dit ce que je sentais et ce que je sentais moins. Avant le tournage, on s'est tous réunis pour jouer le scénario en improvisation, seulement avec l'enjeu des scènes. Margaux a réécrit en fonction de ce qu'on trouvait d'intéressant. Même pendant le tournage, on avait des prises plus libres. C'était assez agréable, jamais forcé.

Quel a été l'aspect le plus difficile ?
C'est un rôle assez physique parce qu'Elisa porte beaucoup sa soeur, qui ne peut pas se déplacer. J'étais démunie pendant les scènes avec Jeanne parce que je n'avais jamais de réponse. Elle était dans l'interprétation constante. Il y avait beaucoup d'improvisation, elle poussait parfois un cri qui n'était pas prévu et je devais réagir. Je n'ai pas l'habitude de parler tout le temps. Margaux m'a conseillé de commenter mes gestes. Ce monologue est devenu assez naturel rapidement.

Ce rôle vous vaut votre deuxième nomination aux espoirs des César...
Je suis très contente ! Surtout que Jeanne est nommée elle aussi. C'est toujours agréable de savoir que des gens ont aimé notre travail et ont été convaincus par un film que j'ai choisi de défendre.

Vers quel genre de films aimeriez-vous aller ?
J'ai envie de jouer en anglais, d'explorer d'autres horizons. Le drame n'est pas vraiment un choix. J'ai envie de dire "oui" aux scénarios qui me touchent. J'adore tous les films que j'ai fait. Si d'emblée, un scénario ne provoque rien chez moi, je n'y vais pas. La rencontre avec le réalisateur est aussi déterminante.

Marche ou Crève, de Margaux Bonhomme. Avec Diane Rouxel, Jeanne Cohendy et Cédric Kahn. Au cinéma le 5 décembre.

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