Diane Kruger sublime In The Fade et concède : "Ce rôle m'a beaucoup coûté"

Dans "In the Fade", au cinéma le 17 janvier, Diane Kruger est immense en mère de famille endeuillée après la perte de son mari et de son fils après un attentat à la bombe. Interview.

C'est dans un contexte particulier que Diane Kruger est venue présenter In the Fade à Cannes, qui lui a valu le prix d'interprétation féminine. Quelques jours plus tôt, un attentat a fait des dizaines de morts à Manchester... On sent l'actrice à fleur de peau, mais souriante. Fatih Akin lui offre là le rôle de sa carrière, aussi intense qu'éprouvant. Rencontre.

Le Journal des Femmes : Avec peu dialogues, vous parvenez à faire ressentir la force et les failles de Katja. Commet êtes-vous arrivée à tant de justesse ?
Diane Kruger : Je me suis laissée emportée par les émotions. Le film parle de choses terribles. Je suis citoyenne du monde et concernée par tout ce qui se passe aujourd'hui. Je vois les horreurs, j'entends le nombre de morts pendant les attentats... On ne parle jamais des gens qui restent. Comment vivent-ils avec ça ? J'ai été bouleversée par Katja, par son trajet et par sa vie. Comme on a tourné dans l'ordre chronologique, je n'avais qu'à me laisser porter par le cours des choses. 

Quel a été l'aspect le plus difficile du rôle ?
Tenir ces émotions aussi longtemps. Je suis dans toutes les scènes du film. Il y a des passages d'une extrême tristesse, sur le deuil, la violence. Toute la première partie était épuisante, même physiquement, à cause de l'empathie que j'avais pour ce personnage et du fait de parler avec des gens qui ont perdu des proches.

Vous jouez littéralement sans fard. Comment l'avez-vous vécu ?
C'était une condition imposée par Fatih et je n'ai pas adoré. Je me suis sentie entièrement nue, vulnérable face à des situations très extrêmes. Je n'avais rien à quoi me raccrocher. Le maquillage ne sert pas qu'à être plus jolie, il nous sert aussi de masque. C'était d'autant plus compliqué que la lumière est dure à Hambourg en hiver. Je savais que je n'allais pas être jolie, mais cela m'a rapprochée de mon personnage.

Diane Kruger dans "In the Fade" © Warner Bros. France

En tant qu'actrice, avez-vous ressenti un plaisir jouissif à jouer des scènes d'une telle intensité ?
Oui et non. J'ai déjà tourné des scènes de grande émotion, mais là la situation était horrible. Quand elle comprend que son fils et son mari sont morts, on venait de parler avec de vraies personnes du samu, qu'on voit dans le film. C'était très lourd, d'autant plus qu'il a fallu rejouer la scène plusieurs fois. Je n'ai pas eu le sentiment de jouer, ça s'apparentait trop à la vie réelle. J'étais bien contente que ça se termine. On peut dire que c'est un beau rôle pour une actrice, mais il m'a beaucoup coûté.

Fatih Akin décrit Katja comme une super-héroine : vous êtes d'accord ?
(Rires) : Il dit ça parce qu'il est père de famille et qu'il adore sa femme. Pour lui toutes les mères sont des super-héroïnes et je suis d'accord. C'est un fou furieux qui court à droite, à gauche et qui est peu présent. Son épouse doit assurer derrière. C'était pareil pour ma mère. Katja est une héroïne sur ce point là : elle lutte, elle a la force de ne rien lâcher.

Comment était-ce de tourner en allemand, votre langue maternelle, pour la première fois ?
C'était génial. J'attendais un rôle d'Allemagne depuis très longtemps. Comme je suis partie à 15 ans et que je ne connais personne dans le milieu du cinéma germanique, il a fallu que je rencontre Fatih en France pour avoir un rôle dans mon pays. C'est le plus beau cadeau qu'il m'ait fait. Tourner en allemand m'a rapprochée du personnage. Comme pour elle, les codes et la culture du pays sont en moi.

In the Fade, de Fatih Akin et avec Diane Kruger. En salles le 17 janvier.