Gustave Kervern : "Je suis un vrai enfant de la télé"

INTERVIEW - Dans "Cigarettes et Chocolat chaud", Gustave Kervern incarne Denis Patar, père célibataire d'une famille heureuse et hors norme, qui se démène pour élever ses filles. L'occasion d'interroger le Grolandais sur sa paternité et son parcours, du petit au grand écran. Entretien en tête-à-tête.

Gustave Kervern : "Je suis un vrai enfant de la télé"
© Mandarin Cinema - Alexis Cottin

Gustave Kervern s'est fait remarquer sur le petit écran, avant de s'attaquer au grand. Le réalisateur et Grolandais notoire passe devant la caméra de Sophie Reine pour Cigarettes et chocolat chaud, une comédie familliale à découvrir en salles le 14 décembre. Il y campe le rôle de Denis Patar, un père tendre, mais submergé, qui tente d'élever ses filles comme il le peut, hors des sentiers battus, souvent maladroitement. Un rôle aux antipodes du père qu'il est à la ville, nous assure t-il. Ce que l'on a du mal à croire, tant le personnage lui sied parfaitement.

Pourquoi avez-vous accepté ce rôle ?
A la base, les comédies familiales me font un peu peur. Puis j'ai rencontré Sophie Reine (la réalisatrice, ndlr), qui m'avait écrit une lettre. J'ai vu un personne avec une vraie passion, un vrai enthousiasme, une vraie simplicité. J'aime bien les gens qui ne se la pètent pas. Humainement elle me plaisait, le scénario était vachement bien et en plus il y avait Camille Cottin. Je me suis demandé si certaines scènes allaient passer et même sur le tournage je ne savais pas à quoi m'attendre. Quand j'ai vu l'objet fini, je me suis dis que j'avais eu raison de lui faire confiance. Elle a sublimé le scénario et le tournage. Le film plaît et apporte quelque chose de fort, il pose des questions vraiment importantes sur la vie, sur l'éducation.

Avez-vous déjà ressenti une pression en tant que parent ?
Oui, une pression énorme, que je ne comprends pas ! Je me triture la tête pour élever mes enfants, je passe 50% de mon temps à y penser. Pour ma part, je trouve que je n'ai pas été à la hauteur et que j'ai fait beaucoup d'erreurs. Il y a des gens pour qui ça se passe bien, mais pour moi… Par exemple, les devoirs, ça me rend fou ! Mon fils de 14 ans passe déjà 8 heures à l'école, quand il arrive à la maison, il a encore du travail. Je n'en avais pas autant à l'époque ! Je ne trouve pas ça normal qu'il soit encore en train de bosser comme un fou à 20h, c'est qu'il y a vraiment un truc qui ne va pas.

Pourtant, Sophie Reine vous soupçonne d'être "un père à la Denis Patar "instinctif, flippé et tendre".
Instinctif, pas du tout. Je suis vachement réfléchi, je gamberge trop, c'est une catastrophe. Flippé, je le suis totalement et tendre, c'est vrai aussi. Je suis hypersensible. C'est même un défaut à ce point.

Avez-vous des points communs avec Denis Patar ?
C'est vraiment un rôle de composition.  Je ne suis pas bordélique du tout, étant flippé j'ai essayé d'élever mes enfants dans un maximum de calme possible. En plus, on est intermittents du spectacle, on est tout le temps à la maison... On ne donne pas le bon exemple à nos enfants. Je suis carrément allongé toute la journée. Dès que mon fils arrive je me lève, je fais semblant de m'asseoir à la table pour lui montrer que je travaille !

La famille Patar © Mandarin Cinema - Alexis Cottin

Vous avez été chroniqueur télé avant de devenir auteur pour Groland, réalisateur, scénariste et acteur. Pourquoi cette passion pour les écrans, petit et grand ?
Mon parcours est totalement instinctif. Avant, j'étais solitaire, je venais de l'île Maurice, j'étais en décalage. Je suis un vrai enfant de la télé, je passais mon temps devant : pendant des heures et des heures, je regardais tout ce qui passait. Ma culture ciné, je l'ai faite devant le petit écran. Je n'ai jamais pensé une seule seconde à y travailler. A la base, je suis monté à Paris pour essayer de bosser dans une maison de disques, sauf que je ne connaissais personne, ça n'a pas marché. Il y avait une connaissance mauricienne qui travaillait à la télé, c'est comme ça que j'y suis rentré. Etant hyper flippé, la dernière chose que je voulais faire, c'était être intermittent du spectacle, j'aurais préféré être facteur. Je suis parti sans savoir où j'allais. Ce n'est pas dans ma nature d'aller à l'aventure.

Vous avez une belle carrière cinématographique, mais vous ne semblez pas assumer votre statut d'acteur.
Je peux dire que je l'assume, mais il y a des mecs qui ont bossé pour ça, qui ont fait des études. Quand tu viens dedans par hasard, t'as l'impression d'être un escroc. Plus tu tournes, plus ça s'atténue. Le fait que j'aie moins peur d'aller sur un tournage, c'est déjà une preuve de confiance. C'est une torture d'accepter un tournage, j'en ai une peur panique. Pour le coup, sur Cigarettes et chocolat chaud, je n'avais pas peur. C'est un vrai boulot, il faut donner de l'émotion, de la force. A l'écran, quand tu as le moindre tic, ça prend des proportions énormes. Il faut faire gaffe. ça compte autant que le dialogue.

Vous avez joué un journaliste alcoolique pour Groland, co-réalisé le film Saint Amour et sorti un livre sur des célébrités et leur rapport à l'ivresse. Quel est le vôtre ?
J'ai arrêté de boire il y a 4 ans. Enfin, j'ai totalement arrêté pendant un an et demi et là je bois un verre ou deux de temps en temps avec modération. C'est une page de ma vie que j'ai tournée. Avec Benoît Délépine (avec qui il a coréalisé Saint Amour, ndlr), on n'avait jamais fait de film sur l'alcool et on avait tous les deux arrêté de boire. Sauf que Benoît Poelvoorde et Gérard Depardieu, pas du tout. On en a chié avec eux et à la fois ce sont des gens hors normes. On ne peut pas leur reprocher d'être ce qu'ils sont alors qu'on les a pris pour ça. C'est con, mais pour moi l'artiste a des failles, il est torturé. Je trouve qu'on vit dans une époque béni-oui-oui où il ne se passe rien. Je regrette qu'il y ait une norme, même au niveau artistique.

Regardez la bande-annonce de Cigarettes et chocolat chaud, en salles le 14 décembre :

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"Cigarettes et chocolat chaud - bande-annonce"