Chaque année, le même scénario se répète dès que les températures remontent. Les reines frelons asiatiques, qui ont passé l'hiver en hibernation, sortent de leur torpeur autour du mois de mars pour aller construire de nouveaux nids. C'est précisément cette fenêtre qu'il faut exploiter. Patrick Vandamme, apiculteur amateur à Sanilhac, en Dordogne, l'explique sans détour dans un reportage du JT de TF1 : "Ces reines-là vont refabriquer des nids pour l'année d'après, donc plus on empêche le nid et mieux c'est."

Le frelon asiatique n'est pas un prédateur anodin. Un seul nid peut dévorer jusqu'à 12 kg d'insectes en une année, abeilles en tête. Bernard Lalot, apiculteur amateur, en a fait les frais la saison dernière en perdant une dizaine de ruches. Son témoignage est sans appel : "Les pertes, ça peut être la moitié de la production d'une année sur l'autre. On a eu une attaque de frelons et les colonies se sont affaiblies. Si vous avez peu d'abeilles, la colonie va mourir."

C'est là qu'entre en scène Patrick Loubet, agriculteur à Château-l'Évêque, en Dordogne. Sa recette, il l'a mise au point lui-même, et le résultat a de quoi surprendre. Pour fabriquer son piège, rien de compliqué : "On met trois quarts de bière dans un bidon, la même chose de vin blanc. De la grenadine, on en met un gros fond et je finis par un gros verre de sucre liquide. On secoue et on pose le bidon à l'horizontale." En 24 heures seulement, 1 300 frelons asiatiques s'y sont englués. "Je ne pensais pas en prendre autant en si peu de temps", admet l'agriculteur.

Ce qui rend ce piège encore plus intéressant, c'est qu'il épargne les abeilles. L'alcool du mélange agit comme un filtre naturel : "l'alcool attire les frelons, mais répulse les abeilles", explique Patrick Loubet. "Comme ça, les abeilles ne rentrent pas dans les pièges." Et nul besoin d'être apiculteur pour en poser un dans son jardin. "C'est quelques euros, mais ça peut aider peut-être beaucoup de monde", assure-t-il.

Une bonne raison de ne pas attendre : une fois qu'un nid est installé, faire appel à un professionnel pour le détruire coûte entre 70 et 180 euros. Autant dire que le bidon de Patrick Loubet est peut-être le meilleur investissement du printemps. D'autant que les mauvaises nouvelles ne s'arrêtent pas là : une nouvelle espèce de frelons géants vient d'être repérée pour la première fois en Europe.