Cap sur l'archipel philippin, et plus précisément sur l'île de Luçon, pour une escale située à une cinquantaine de kilomètres au sud de la trépidante Manille. C'est dans ce paysage au relief instable que trône le volcan Taal, une destination phare ayant inscrit à son carnet de bord géologique pas moins de 38 éruptions en 450 ans. Bien que sa spectaculaire colère en 2020 ait paralysé les itinéraires et bouleversé l'écosystème local, la délégation nationale a plaidé en février 2024 auprès de l'UNESCO pour faire inscrire "Les villes historiques et le paysage du volcan Taal et de son lac de caldera" au prestigieux patrimoine mondial de l'humanité.

Pourquoi les guides de voyage voudraient-ils ériger en étape incontournable un tel épicentre de catastrophes naturelles ? Tout simplement parce que ce panorama fascine l'œil de l'explorateur. La vaste caldeira, sculptée par des éruptions préhistoriques survenues entre 140 000 et 5 380 avant notre ère, dessine aujourd'hui le lac Taal : une mer intérieure de 265 km² d'eaux navigables plongeant jusqu'à 150 mètres de profondeur. Au centre de ce majestueux bassin aquatique flotte l'île du Volcan, recouvrant 24 km² de terres émergées. Et comme pour prolonger cette étonnante excursion topographique, l'île abrite une nouvelle merveille : le lac du Cratère, d'une superficie de 1,2 km².

La vue du volcan du dessus © Google Earth

Le véritable clou de ce circuit émerge au beau milieu de ce petit bassin d'altitude : Vulcan Point, un affleurement rocheux de seulement 75 mètres de long. Ces singulières coordonnées GPS créent un authentique prodige géographique : ce minuscule rocher est une île, dans un lac, sur une île, dans un lac, sur l'île de Luçon ! Il s'agit d'une des rarissimes "îles de troisième ordre" répertoriées sur Terre. Observé depuis l'espace par les satellites de cartographie, l'ensemble offre un spectaculaire "effet Droste", cette fameuse mise en abyme visuelle baptisée d'après un chocolatier néerlandais dont les boîtes illustraient une infirmière tenant une boîte identique, et ce à l'infini.

Aussi hypnotique que soit ce décor de carte postale, l'itinéraire reste extrêmement hostile. Jadis classé parmi les quinze "volcans de la décennie" présentant un "risque potentiel important pour les agglomérations" (NASA, 1999), le site exhale des vapeurs soufrées, interdisant de planter la moindre tente de bivouac sur Vulcan Point. Si l'atlas mondial recense d'autres îles de troisième ordre, notamment dans le grand nord canadien, ces contrées polaires demeurent si isolées qu'aucun touriste n'y fait escale. Quant à Treasure Island sur le lac Mindemoya, la plus grande île de "deuxième ordre", elle ne compte aucun résident permanent. Preuve que si la géographie adore collectionner les records d'enclavement, l'industrie du tourisme ne s'y installe pas toujours.