Avec le retour des beaux jours, le jardin redevient un véritable refuge foisonnant pour la petite faune. Sous la pelouse ou au cœur des massifs, toute une ménagerie s'active : taupes, mulots, insectes fouisseurs et hérissons. Ces infatigables terrassiers remuent la terre et laissent dans leur sillage des galeries et des terriers plus ou moins discrets. Mais parfois, au milieu de vos plates-bandes, un trou bien particulier intrigue le jardinier et sème le doute.
Car parmi la faune sauvage qui s'invite au potager, on compte aussi les serpents. Rassurez-vous, il s'agit le plus souvent de paisibles couleuvres, totalement inoffensives pour l'homme. Contrairement aux idées reçues, ces reptiles à écailles ne creusent jamais le sol eux-mêmes. Ils préfèrent de loin squatter les nids douillets abandonnés par d'autres petits mammifères. Pour s'installer, la couleuvre cherche avant tout un gîte souterrain paisible et bien ombragé par les feuillages. Son repaire de prédilection ? Un terrier dissimulé sous un tas de rondins, une grosse pierre de rocaille ou dans les herbes hautes d'un coin de friche.
Comment savoir si la cavité repérée dans votre pelouse abrite un serpent ? La taille est un premier indice : un trou d'un diamètre proche d'une pièce de monnaie, parfois un peu plus large, isolé mais bien protégé, doit éveiller l'attention. Inspectez ensuite les alentours. Des traces sinueuses dans la terre, comme un léger sillon laissé par le passage d'un corps allongé, sont caractéristiques. Quelques restes de végétation aplatie peuvent également trahir un va-et-vient.
Mais le signe qui ne trompe pas, ce sont les déjections. Les excréments de serpent ont une apparence très particulière : sombres, presque noirs, avec une extrémité blanche bien visible. Cette pointe claire correspond aux résidus d'acide urique. Si vous repérez ce type de crottes près du trou, le doute n'est plus permis. Autre indice imparable : la présence d'une mue, cette fine pellicule d'écailles translucides que le reptile abandonne en grandissant. Les serpents étant plus actifs tôt le matin ou en fin de journée, c'est à ces moments-là qu'il faut observer, gants enfilés bien sûr.
Pas de panique pour autant. Les couleuvres présentes dans nos jardins sont utiles : elles régulent les populations de rongeurs, de lézards et de grenouilles, et participent à l'équilibre du jardin. Pour limiter leur installation sans nuire à la biodiversité, mieux vaut miser sur la prévention douce. Débroussaillez régulièrement, retirez les tas de bois inutilisés, rangez les pierres entassées et coupez l'herbe haute. Côté répulsifs naturels, la menthe poivrée, la cannelle ou encore les clous de girofle sont réputés efficaces pour les tenir à distance. En cas de doute persistant, il est toujours possible de faire appel à un professionnel qui sécurisera les lieux sans stress.
Petit rappel utile : en France, toutes les espèces de serpents indigènes, y compris les vipères, sont protégées par la loi. Pas question donc de sortir la bêche pour régler le problème soi-même. Un jardin un peu sauvage attire forcément du monde… c'est aussi le prix de la nature à domicile.