Le très sérieux journal britannique The Times l'a désigné comme "l'homme le plus heureux du monde". Mais Meik Wiking, Danois de Copenhague, est avant tout un chercheur en sciences sociales. Fondateur du Musée du bonheur et président de l'Institut de recherche sur le bonheur, il a fait de la psychologie de l'épanouissement son métier. Diplômé en sciences politiques et ancien collaborateur du ministère danois des Affaires étrangères, il consacre aujourd'hui ses journées à décrypter les mécanismes sociétaux et comportementaux qui rendent les humains réellement sereins. Ses ouvrages, traduits dans une trentaine de langues, comme "Le Livre du Lykke" ou "L'Art de se créer de beaux souvenirs" (éditions First), vulgarisent ces données pour le grand public dans le monde entier.
Mais l'intéressé refuse cette étiquette de perfection émotionnelle qui lui colle à la peau. "Le bonheur n'est pas un concours, ce n'est pas un gâteau qu'on partage en plusieurs", glisse-t-il. Être désigné homme le plus heureux du monde ? "C'est un poids peut-être, mais surtout une responsabilité parce que je suis quelquefois heureux, malheureux, stressé, angoissé, en colère, c'est ça la nature humaine." D'un point de vue psychologique, il prône d'ailleurs l'acceptation de nos affects négatifs, ayant lui-même traversé de vraies épreuves, comme le deuil de sa mère. "La détresse, le malheur vous enseignent le bonheur. C'est comme ça qu'on apprend à apprécier les bons moments."
Alors comment fait-il, concrètement, pour préserver cette flexibilité psychologique ? Chaque jour, il se répète la même phrase, héritée de sa culture danoise. Trois petits mots qui agissent comme une véritable soupape de décompression : "pyt med det". Traduisez par "tant pis", ou "ce n'est pas grave". Quand une angoisse du quotidien lui tombe dessus (un train raté, une réunion qui dérape, une dispute idiote), il prononce cette formule pour court-circuiter la rumination, lâche prise et passe à autre chose. Une manière de pratiquer l'acceptation radicale, d'admettre que tout n'est pas sous notre contrôle et de rediriger son attention sur les renforcements positifs de la vie.
Cette idée rejoint son credo général : ne pas courir après le bonheur, mais éliminer ce qui rend malheureux. "Découvrez les choses simples qui vous font vous sentir bien, légers et à l'aise. Ensuite, entourez-vous de ces bonnes choses, de compagnies agréables, et soyez heureux", recommande-t-il. Le mythe scandinave a pourtant ses failles. Un rapport publié en 2018 par le Conseil nordique des ministres et l'Institut de recherche sur le bonheur de Copenhague révélait que 12 % des habitants des pays nordiques se disaient en souffrance, et même 14 % chez les jeunes. Des chiffres qui restent toutefois bien inférieurs à ceux de la France (17 %) ou de la Russie (27 %).
Pour cultiver son bonheur au quotidien, Meik Wiking a aussi quelques astuces très concrètes. Ouvrir un compte bancaire "spécial bonheur" pour mettre quelques euros de côté chaque mois et se faire plaisir. S'inspirer du "shinrin-yoku" japonais, le bain de forêt, pour se reconnecter à la nature. Lire, aussi, pour développer son empathie envers les autres. Et poser systématiquement sa journée le jour de son anniversaire. Vu d'ici, ça ressemble presque à une révolution.