"Je suis une femme fontaine, et ça ne m'amuse pas du tout !", Agnès 35 ans
Tandis que certaines femmes ont envie de savoir comment devenir une femme fontaine, pour Agnès c'est tout le contraire. Comme elle nous le raconte, être une femme fontaine l'empêche aujourd'hui d'avoir du plaisir.
Je n'avais rien demandé. Je ne savais même pas ce que c'était. C'est un homme, il y a quelques années, qui m'a "initiée" au "squirting", le fameux terme pour désigner ces émissions qui surviennent comme une "fontaine" au moment de l'extase. Il connaissait mon corps mieux que moi, semblait-il. Un appui précis, insistant, toujours au même endroit (à l'entrée du vagin, vers le haut, là où se trouverait le fameux point G). Et je me mettais à inonder les draps. J'aimais beaucoup ça, cette sensation de se "lâcher". C'était vraiment très agréable, d'autant que ça venait très souvent en même temps que mes orgasmes.
Puis c'est devenu un rituel. À force de répétition, mon corps a appris, trop bien. Trop vite. Trop fort ! Ce qui était rare au départ est devenu un automatisme. Si bien qu'aujourd'hui, je squirte en chaîne, trois, parfois quatre fois par rapport, sans le vouloir, sans pouvoir l'arrêter. Il suffit qu'on me titille et je sens les chatouillis dans mon ventre annonçant les eaux. Ce n'est plus une surprise, c'est une fatalité. Et surtout, ce n'est plus agréable. Chaque décharge me laisse vidée, brûlante, douloureuse. J'ai souvent la tête qui tourne après, la bouche sèche, comme après une fièvre.
Je bois sans cesse, je calcule, j'anticipe. J'ai compris que je me déshydratais réellement à cause de ça. J'ai compris que j'étais vraiment devenue une "femme fontaine" à mes dépens. Personne ne m'avait dit que le corps pouvait s'user ainsi en s'adonnant à cette pratique. Que trop solliciter une zone pouvait la dérégler. J'en veux à cet homme, parfois, et à moi de m'être laissé faire, d'avoir cru que c'était une chance. Certains hommes s'en amusent, d'autres sont clairement dégoutés. Moi, j'ai souvent très honte, surtout quand je couche avec un homme que je ne connais pas très bien, ce qui m'arrive de moins en moins souvent, justement à cause de ça. Et puis cela engendre un autre problème : j'ai moins de sensations à cause de l'humidité de mon vagin… Ce qui vaut aussi pour mes partenaires.
"Surtout pas de doigts là !"
Mon corps confond tout. Excitation, pression, envie d'uriner : les frontières ont sauté. Je me sens abîmée, déréglée, comme un mécanisme trop utilisé. Le pire, c'est ce que ça a fait à mon périnée. Je n'arrive plus à me retenir comme avant. Les fuites urinaires sont devenues banales, humiliantes. Je me retrouve souvent avec le pantalon mouillé en pleine journée, et je dois donc porter des protections hygiéniques, comme les petites vieilles. Alors je préviens désormais. Je trace des limites très claires. "Pas de doigts là !" J'évite certaines positions, celles qui appuient trop, celles qui réveillent la machine. Je guide, je contrôle, du moins j'essaie. Malgré tout, ça arrive encore. Un mouvement mal calculé, une tension interne, et le corps décide sans moi. Ce qui me peine le plus, ce n'est pas le regard des partenaires. C'est cette impression d'avoir perdu une forme d'intimité avec moi-même. Mon corps déborde. J'aimerais parfois juste qu'il arrête. Qu'il me laisse décider.
J'ai beaucoup consulté, mais le syndrome de la femme fontaine est vraiment très mal connu, même des gynécologues. Le plupart du temps, on me conseille simplement de faire des exercices de Kegel pour travailler mon périnée. Mais bien qu'il soit musclé, ça ne change rien. La seule chose qui fonctionne, c'est d'arrêter le rapport quelques minutes, en tout cas la pénétration, pour que l'envie passe. Parfois c'est très cool parce qu'on fait autre chose, parfois ça tue totalement le moment ! Mais je crois que de toute façon, je dois accepter ma condition. Et surtout : en parler avant, pour être sûre que mon partenaire sexuel aime, ou tout du moins comprend.