"J'ai quitté l'homme que j'aimais à cause de sa mère" (Lucie, 30 ans)

Elle croyait avoir trouvé l'homme idéal, celui qui partage sa passion et ses valeurs. Mais très vite, la présence de sa belle-mère a compliqué cette belle histoire d'amour...

"J'ai quitté l'homme que j'aimais à cause de sa mère" (Lucie, 30 ans)
© Farknot Architect - stock.adobe.com

J'ai rencontré Bastien il y a quelques années sur un tournage de cinéma. Je suis assistante décoratrice, lui jouait un petit rôle dans le film, on s'est très vite plu. Moi qui pensais être abonnée à vie aux losers, j'avais là un mec de mon âge passionné par le cinéma autant que moi, mignon, pas autocentré comme peuvent l'être souvent les comédiens. Assez vite, il m'a invité à manger chez lui le dimanche midi. Il habitait encore chez ses parents, dans une maison proche de Paris. Étant assez timide, l'idée ne me chauffait pas plus que ça, mais j'y suis allée. Le feeling est tout de suite passé. Ils étaient dans le cinéma, le père était chef opérateur et la mère comédienne, des gens hyper sympas.

Bon, dès le début, j'ai trouvé la mère de Bastien un peu étrange. Elle parlait toute seule, parfois. Mon mec me disait qu'elle révisait ses textes. Elle fumait beaucoup, et laissait ses cigarettes se consumer dans les cendriers. Et une fois, je l'ai vue faire pipi car elle n'avait pas fermé la porte des toilettes, ce qui ne l'a absolument pas dérangé. J'ai mis ça sous le coup de l'excentricité naturelle de cette femme chaleureuse et attentionnée avec moi, et qui connaissait "beaucoup de monde dans le cinéma". Et effectivement, elle m'a ensuite proposé un tournage avec elle, quatre mois, dans le sud de la France. Comme c'était une série historique, mon travail de décoratrice était vraiment passionnant. Je me donnais un mal fou pour dénicher des objets d'époque, je travaillais la nuit pour vieillir certains meubles, ou trouer des nappes pour qu'elles paraissent usées. Bref, j'étais à fond ! Et puis un jour, j'entends ma "belle-mère" se plaindre au réalisateur que certains objets de sa cuisine "faisaient dinette". Elle disait du mal de moi dans mon dos !

"Elle était détestable, ça devenait épidermique"

Ayant un caractère assez trempé, je ne me suis pas démontée. Je suis allée lui demander si elle pensait vraiment ce qu'elle avait dit. Elle était hyper embarrassée dans un premier temps, et s'est excusée. Mais très vite, elle s'est mise à me toiser, m'a dit que "oui", elle le pensait, et qu'elle s'était même retenue parce que "c'était quand même elle qui m'avait trouvé ce travail". J'ai senti un frisson me parcourir la colonne vertébrale. Son regard était tellement différent de celui que je connaissais. Ça m'a fait peur et j'ai laissé tomber. Mais pas elle. Le tournage s'interrompant parfois, on rentrait alors à Paris. Mais elle ne m'invitait plus chez elle. Et je n'osais pas en parler avec Bastien.

Vers la fin du tournage, on était dans la même pièce, et je lui ai demandé si elle avait besoin que je bouge une table, car elle s'y cognait souvent. Je pouvais aussi "arrondir les angles", ce qui était très drôle au vu de la situation entre nous. Elle ne m'a même pas répondu et a dit à la scripte à côté d'elle "c'est fou comme le manque d'élégance traduit le manque de jugeote". Je ne sais pas combien de temps elle avait réfléchi à cette punchline, mais je l'ai prise en pleine poire. Et je suis partie en pleurant. On m'a dit ensuite qu'elle était très "soupe au lait", parfois adorable, parfois cinglante. Ça n'excuse rien pour moi, elle était détestable et ça devenait épidermique. Je savais que je ne voulais plus être en sa présence. Et je savais donc qu'avec Bastien, c'était fini.

Quand je lui ai expliqué ce qu'il s'était passé, il était extrêmement gêné. Il ne voulait pas dire du mal de sa mère, tentait de lui trouver des excuses, sa propre mère, la grand-mère de Bastien, étant décédée récemment… Mais rien n'y a fait. Je l'ai trop observé pendant ces quatre mois pour savoir à quel point elle est trouble, changeante, toxique. Je ne veux pas avoir cette ombre inquiétante qui plane toujours au-dessus de moi avec ces yeux fixes, qui me font vraiment peur. Je pense qu'elle ne supporte pas de vieillir, entre autres problèmes mentaux qui ne me concernent pas. Et qu'elle s'en prendra constamment à moi. Donc j'ai quitté mon mec, et j'ai énormément pleuré. C'était une très belle histoire. Mais il habitait chez ELLE. Ça voulait dire que le cordon n'était pas coupé. Et moi, je voulais justement couper tout lien avec elle.