"T'es trop sensible, tu dramatises" : la pire phrase à prononcer en couple, elle est dévastatrice

Loin d'apaiser les tensions conjugales, elle peut les exacerber et bloquer l'échange dans le couple. Décryptage avec un psychologue.

"T'es trop sensible, tu dramatises" : la pire phrase à prononcer en couple, elle est dévastatrice
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Certaines phrases semblent inoffensives, presque banales… et pourtant, elles ont un impact bien plus négatif qu'on ne le pense. Loin d'apaiser les tensions conjugales, elles peuvent les exacerber, bloquer l'échange ou créer de la distance émotionnelle. Il en existe une en particulier, qui mérite d'être déconstruite. Selon le Dr Sébastien Garnero, psychologue clinicien, hypnothérapeute et sexologue, la phrase "t'es trop sensible, tu dramatises" nuit gravement à la communication au sein du couple. "Nier ou minimiser l'émotion de l'autre revient à l'invalider. C'est comme si l'on refusait de reconnaître son ressenti. Ce mécanisme, souvent inconscient, peut devenir toxique, car il fait abstraction de la subjectivité émotionnelle de l'autre, comme si son vécu émotionnel était exagéré, voire illégitime", explique-t-il. 

Pour autant, il existe une gradation dans ce type de dynamique. Ce qui peut commencer comme une attitude banale peut évoluer vers une forme de micromanipulation émotionnelle, souvent exercée de manière presque inconsciente. Pour certaines personnes, minimiser l'émotion de l'autre est une manière de se protéger, d'éviter d'avoir à se confronter à une réaction émotionnelle qu'elles ne savent pas gérer. Ainsi, des phrases comme " Tu es trop sensible " ou " Tu dramatises " ne sont pas toujours prononcées avec une réelle malveillance. 

Dans certains cas, cette posture peut dériver vers une indifférence affective, marquée par un manque d'empathie et une forme de déresponsabilisation : " C'est toi qui exagères ", " le problème, c'est toi ". "À un stade plus avancé - et plus toxique - on peut même entrer dans une logique de gaslighting. Cette technique, que l'on retrouve notamment chez les personnalités perverses narcissiques, consiste à faire douter l'autre de sa réalité, de ce qu'il ressent, voire de ce qu'il est", poursuit le spécialiste. Or, ce schéma relationnel est délétère pour l'estime de soi. "Lorsqu'une personne est constamment renvoyée à sa "trop grande sensibilité", elle finit souvent par intérioriser l'idée que ses émotions sont anormales, inappropriées, voire problématiques. Elle en vient à se percevoir comme "trop" - trop émotive, trop fragile, trop compliquée. Ce sentiment d'anormalité émotionnelle peut l'amener à douter de la légitimité de ce qu'elle ressent", décrypte le psychologue clinicien.

À terme, une forme d'asymétrie émotionnelle peut émerger

Peu à peu, cela peut générer un blocage émotionnel : par peur d'être jugée, critiquée ou incomprise, la personne préfère se taire. Elle ne se confie plus, elle se replie sur elle-même. Résultat, sur le plan relationnel, cela affaiblit la complicité psychique du couple. À terme, une forme d'asymétrie émotionnelle peut émerger : l'un des deux partenaires s'impose comme la voix de la raison, pendant que l'autre est perçu comme " trop émotionnel ". Ce fonctionnement déséquilibré mène souvent à des tensions, à un désengagement affectif, voire à la rupture lorsque le dialogue émotionnel est devenu impossible.

Pour rétablir une communication émotionnelle saine, le Dr Sébastien Garnero conseille de reconnaître l'autre dans ce qu'il ressent, même si l'on ne partage pas son émotion ou que l'on a du mal à s'y identifier. Cela passe notamment par la manière dont on s'exprime. Privilégier le "je" au "tu" permet d'éviter les formulations accusatoires, qui peuvent rapidement mettre l'autre sur la défensive. Par exemple, au lieu de répondre par une remise en question de ce que l'autre ressent, on peut dire : "Je vois que c'est important pour toi d'exprimer cela, et je suis prêt(e) à t'écouter. " "Ce type de posture ouvre la voie à un véritable dialogue, où l'émotion de l'autre est prise en compte, entendue et validée. En parallèle, il est aussi possible d'exprimer son propre ressenti, sans déconsidérer la parole de l'autre, pour créer un espace d'échange plus équilibré et respectueux des subjectivités de chacun", conclut notre interlocuteur.

Merci au Dr Sébastien Garnero, psychologue clinicien, hypnothérapeute et sexologue.