"On se dit tout." La phrase revient souvent comme une preuve de solidité dans un couple. Certains d'ailleurs n'hésitent pas à le partager au plus grand nombre : "Dans notre couple, il n'y a pas de secret. On se dit tout." A quoi ça sert en réalité ? "Qu'est-ce que j'attends de l'autre en lui disant une confidence, et qu'est-ce que j'espère que cela va produire entre nous ?" interroge la sexologue et clinicienne du lien et du désir Florence Giannetto. Pour elle, il est important de se demander le but de la confidence.

"Tout n'a pas nécessairement besoin d'être réintroduit dans le couple au nom d'une transparence absolue" poursuit-elle. C'est notamment le cas de petites erreurs ou de petits mensonges passés qui n'ont plus aucune conséquence aujourd'hui. Plutôt que de ressortir un dossier vieux de 5 ans un dimanche soir à 22 heures simplement pour avoir "tout avoué", la spécialiste conseille de regarder ce que cette expérience a appris et ce qui a changé depuis.

"Il ne m'écoute jamais", "Elle ne fait jamais attention à moi"... Le même principe vaut pour les pensées négatives qui peuvent surgir au quotidien. Florence Giannetto recommande de "revenir à soi plutôt que de réagir immédiatement à l'autre". Derrière ce jugement se cache parfois de la fatigue, de la frustration ou un besoin qui n'a pas été identifié. Se demander : "Qu'est-ce que je ressens derrière cette pensée ? De quoi ai-je besoin ?" permet alors de parler d'un vrai problème, s'il existe, plutôt que d'envoyer une pique qui ne mènera pas très loin. Selon Florence Giannetto, il y a quatre choses à garder pour soi.

  1. D'abord, une attirance passagère pour quelqu'un d'autre : trouver un collègue séduisant ne signifie pas que l'on n'aime plus son partenaire et il n'est pas utile de le partager en rentrant le soir. "Le désir peut nous traverser, mais il nous appartient de comprendre ce qu'il vient réveiller et de choisir ce que nous en faisons."
  2. Mieux vaut éviter de rapporter ce que ses amis pensent négativement de son partenaire, par exemple qu'ils le trouvent ennuyeux ou égoïste.
  3. Ne pas partager les défauts ou petites habitudes que l'on n'apprécie pas chez l'autre, lorsqu'ils agacent mais ne font pas réellement souffrir. Florence Giannetto cite par exemple les remarques comme "je déteste ta façon de faire" ou "tu es vraiment maladroit". Ces critiques "peuvent blesser sans faire avancer la relation". En revanche, si un comportement nous fait réellement souffrir, mieux vaut en parler en exprimant ce que l'on ressent plutôt qu'en attaquant directement l'autre.
  4. Un cadeau raté : cela ne nécessite pas forcément un verdict façon "Jury de concours" : reconnaître l'intention peut être plus utile que d'expliquer à l'autre à quel point il s'est trompé.

Outre ce qu'il vaut mieux garder pour soi à tout jamais, il y a des informations à ne pas partager trop ou trop souvent. Dans l'intimité, certaines envies doivent rester personnelles même dans une relation très fusionnelle. Les fantasmes, par exemple, "peuvent être partagés, mais chacun doit aussi rester libre de garder certains fantasmes pour son jardin secret", rappelle la sexologue.

Le passé amoureux doit aussi rester dans le passé. Si les anciennes relations ont besoin d'être reconnues puisqu'elles font partie de notre histoire, elles doivent selon l'experte, avoir "une place assez minime" dans les discussions. Les comparaisons avec un ex ou le récit d'expériences vécues comme plus satisfaisantes ailleurs font d'ailleurs partie des confidences qu'elle voit fragiliser inutilement les couples. Elles peuvent donner à l'autre l'impression de "ne pas être assez" ou d'être mis en concurrence avec quelqu'un qui, parfois, n'est même plus dans le décor depuis des années. Conclusion : avant de faire une nouvelle confidence, il faut se demander l'utilité de cette information. Comme le résume Florence Giannetto "la sincérité ne consiste pas à tout dire, mais à discerner ce qui mérite réellement d'être partagé".