C'est une histoire fascinante que s'apprêtent à redécouvrir les passionnés de beauté et de patrimoine. Dans le cadre des très prisées Journées Particulières LVMH qui se dérouleront du 16 au 18 octobre, le public aura la chance rare d'accéder à des coulisses habituellement fermées à la visite. Parmi ces lieux secrets figure la célèbre Réserve des Sublimes, un sanctuaire jalousement préservé qui rassemble les trésors historiques et les pièces d'archives les plus rares de la haute parfumurie. C'est au cœur de ce lieu d'exception que l'on tombe sur une archive saisissante : un authentique pot portant le nom de Nivea. Un détail qui interpelle immédiatement tant ce soin évoque aujourd'hui un produit universel et populaire dans la vie des Français. 

Pourtant, la formule d'origine préservée dans ces réserves n'avait absolument rien à voir avec le baume hydratant familial dans son boîtier en aluminium bleu que l'on retrouve sur toutes les étagères. En effet, à la fin du XIXe siècle, les critères de beauté de la haute société imposaient un teint de porcelaine d'une blancheur immaculée qu'il fallait préserver à tout prix des rayons du soleil. La formule développée alors était en réalité un soin solaire de très haut luxe. Sa mission consistait non seulement à faire écran aux rayons ultra-violets, mais également à éclaircir activement le teint des élégantes. C'est en 1875 qu'Aimé Guerlain dépose le brevet officiel de cette création cosmétique avant-gardiste, inscrivant la marque dans le patrimoine de la maison Guerlain.

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© Ony DOUSA

Il aura fallu attendre l'année 1911 pour que le laboratoire allemand Beiersdorf crée à son tour sa propre crème émulsionnée. L'entreprise germanique décide de la baptiser Nivea en s'inspirant directement de l'adjectif latin niveus, signifiant " blanc comme la neige " pour rappeler la texture onctueuse et la teinte immaculée du soin. Mais au moment d'importer sa formule sur le marché français, la firme se heurte à un obstacle juridique de taille : le nom est déjà légalement déposé et protégé en France par la maison parisienne. Le blocage va durer plusieurs décennies. Ce n'est qu'en 1942 que Guerlain accepte finalement de céder l'exclusivité du nom et le brevet d'origine à l'entreprise allemande, ouvrant ainsi la voie à la métamorphose de cette formule d'exception en l'icône populaire à deux euros que nous connaissons tous aujourd'hui. 

Une étonnante trajectoire qui rappelle combien les produits les plus familiers peuvent cacher des origines insoupçonnées. Et c'est toute la promesse des Journées Particulières de LVMH : ouvrir les portes d'un patrimoine méconnu et révéler derrière un simple pot de crème, une page fascinante de l'histoire de la beauté.