Connaissez-vous les géoglyphes forestiers (ou land art arboricoles) ? Il s'agit de créations monumentales façonnées à même le sol sur un écosystème forestier. C'est ce qu'a entrepris de faire Pedro Ureta en Argentine, à la fin des années 1970. Cet homme, aujourd'hui décédé, a planté avec ses enfants 7000 arbres. Et la raison est très touchante.
En effet, c'est dans un champ aux portes de la petite ville de General Levalle qu'est ainsi apparue une guitare XXL, dont on devine la forme uniquement depuis les airs. Sur ce domaine de 24 hectares, baptisé Estancia La Guitarra, Pedro Ureta - agriculteur de métier - a fait pousser avec ses enfants 7000 arbres sur 2500 mètres de longueur et 400 mètres de largeur pour former une guitare.
La conception de cette guitare a fait l'objet d'un travail méticuleux puisque, pour les contours de l'instrument, il a choisi des cyprès de Californie (aujourd'hui classés en danger sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature), des cyprès de Virginie pour la caisse de résonance et des eucalyptus bleutés aux vertus médicinales pour faire les cordes. De quoi créer notamment un contraste de couleurs.
Comme l'explique La Voz, lorsque les arbres ont été plantés, ils ne mesuraient alors pas plus de 25 centimètres ! Ils ont grandi au fil des décennies et la guitare végétale a résisté aux intempéries, des tornades à la grêle. Mais pourquoi donc une guitare dans un champ ? Parce que Pedro Ureta a voulu rendre hommage à sa femme, Graciela Yraizoz, après sa mort tragique. Un geste pour la postérité qui n'est pas sans rappeler l'histoire similaire du Taj Mahal...
Graciela Yraizoz n'avait que 25 ans lorsqu'elle est morte, en 1977, d'un anévrisme cérébral alors qu'elle était enceinte de leur cinquième enfant précise La Vanguardia. La jeune femme avait fait part à son mari de son rêve d'une maison familiale en forme de guitare, elle qui rêvait de devenir guitariste. Se souvenant de cette idée folle, Pedro Ureta a alors imaginé cette guitare d'arbres avec ses quatre enfants : Ignacio, María Julia, Soledad et Ezequiel.
Près de cinquante ans plus tard, l'œuvre naturelle existe toujours ! Elle est d'ailleurs clairement distinguable depuis les vols commerciaux et sur des images satellites, notamment sur Google Earth.
