Il y a une fâcheuse habitude qui fait probablement passer pas mal d'offres d'emploi à la trappe : lire chaque critère comme une condition obligatoire pour postuler. L'annonce demande un niveau Excel avancé ? Niveau moyen, dommage. Cinq ans d'expérience ? Il n'y en a que trois. Anglais courant ? Disons plutôt anglais de vacances avec une très bonne maîtrise de la commande au restaurant. À la troisième case qui ne colle pas parfaitement, beaucoup de candidats referment l'annonce en se disant que ce n'est pas pour eux... Erreur !

Une offre d'emploi n'est pas vraiment une liste de conditions à remplir obligatoirement une par une. Elle ressemble davantage au portrait du candidat que l'entreprise aimerait trouver si tout s'alignait parfaitement. Dans la réalité, le recrutement oblige souvent à faire des choix. Un employeur peut préférer une personne qui maîtrise parfaitement les missions principales mais doit apprendre un logiciel, plutôt qu'un candidat qui possède le bon outil sur son CV mais beaucoup moins d'expérience sur le cœur du métier. Même chose avec le fameux nombre d'années d'expérience : cinq ans demandés ne signifient pas nécessairement qu'un CV affichant trois ans et demi partira directement à la corbeille.

Un bon réflexe consiste alors à repérer ce que l'entreprise place au centre du poste. Si les mêmes missions ou compétences reviennent plusieurs fois dans l'annonce, c'est probablement là que se joue une grande partie du recrutement. Une personne qui correspond à ces besoins principaux a donc intérêt à montrer très clairement ce qu'elle sait déjà faire, plutôt que d'essayer de camoufler les deux lignes qui lui manquent. Et cela vaut aussi pour une reconversion : gérer des clients, encadrer une équipe, organiser des plannings ou piloter un budget restent des compétences utilisables ailleurs, même si le nom du métier change.

Encore faut-il les rendre visibles. Sur un CV, écrire "organisé", "autonome" ou "bon communicant" ne raconte finalement pas grand-chose : tout le monde ou presque peut l'écrire. Expliquer qu'on gérait seul un portefeuille de 40 clients, qu'on formait les nouveaux arrivants ou qu'on a mis en place une nouvelle méthode de suivi donne immédiatement davantage de matière au recruteur. Pour une compétence qui manque, inutile non plus de jouer à cache-cache. Avoir déjà utilisé un outil similaire, suivre une formation ou expliquer qu'on a appris rapidement un logiciel dans un précédent poste peut montrer que l'écart est tout à fait rattrapable.

Cette façon de lire les annonces est d'autant plus intéressante que les employeurs français ont encore beaucoup de postes à pourvoir. D'après l'enquête "Besoins en main-d'œuvre 2026" de France Travail, environ 2,2 millions de recrutements sont prévus cette année en France. De plus, les chiffres révèlent que 43,8 % des recrutements se font sans que l'employeur trouve son "candidat idéal". La proportion atteint même 65 % dans le BTP, 54 % dans la santé et le social et 49,5 % dans le numérique. Autrement dit, dans presque un recrutement sur deux, l'entreprise finit par embaucher quelqu'un qui ne correspond pas parfaitement au portrait qu'elle avait en tête. 

Évidemment, cela ne transforme pas toutes les annonces en "qui ne tente rien n'a rien". Si le poste exige une compétence indispensable que l'on ne possède absolument pas, envoyer son CV risque surtout de faire travailler le bouton "supprimer" du recruteur. Mais lorsqu'on sait déjà réaliser l'essentiel des missions et que ce qui manque peut s'apprendre, le calcul change. Le plus dommage serait finalement d'écarter soi-même sa candidature parce qu'elle n'est pas parfaite, alors que l'entreprise, elle, était peut-être tout à fait prête à faire avec.