Si la mode est une sphère où les élus sont aussi rares que les rêves sont nombreux, certains individus risquent le tout pour le tout pour vivre de leur passion. Magalie, 36 ans, fait partie de ces audacieux qui se comptent sur les doigts d'une main. En 2023, la mère de famille quitte son CDI, puis son mari, avant de vendre sa maison pour réaliser son rêve de mode. L'arrivée de sa fille, atteinte d'une maladie génétique rare, l'a également encouragée à avoir sa marque afin d'aménager au mieux son emploi du temps d'aidante. En exclusivité pour le Journal des Femmes, elle raconte. 

Depuis un an, Magalie est à la tête de Froufrouz Paris. Sans salarié, elle gère une maison d'"accessoires magiques" - des bijoux de chaussures qui fonctionnent comme des clips - dont elle imagine et dessine les collections. Epaulée par son actuel compagnon, elle prépare les envois de commande, la communication sur les réseaux sociaux, le service après-vente etc. Basée dans la capitale, Froufrouz est vendue en France comme à l'international. Suisse, Allemagne, Japon, Etats-Unis : ce sont plus de 200 magasins revendeurs qui lui font confiance aujourd'hui. Dans une industrie du prêt-à-porter en crise, l'entrepreneuse réussit même l'exploit de maintenir un chiffre d'affaires stable. La clé ? Croire à 100% en ce qu'elle vend, en la valeur ajoutée qu'elle apporte sur la table : "Je n'ai eu aucun doute sur le produit". Consciente que notre époque est "moins dans l'achat compulsif" et plus dans la volonté de "garder des objets qu'on a déjà pour les utiliser ensuite", elle sait que "peu importe ce qu'il se passe sur le marché", ses bijoux seront toujours utiles aux consommatrices, car ils donnent une allure nouvelle à des pièces anciennes. 

Magalie a traversé un parcours du combattant avant d'en arriver là. Loin de venir de la mode, elle évolue pendant 10 ans dans la communication avant de quitter le salariat. Son déclic ? Un "burn-out", causé par une vie professionnelle plus exigeante et l'arrivée d'un enfant avec une maladie rare. A l'époque, son poste évolue vers plus de responsabilités, et sa fille "arrive avec des soucis de santé". Elle enchaîne alors les rendez-vous médicaux, avec deux enfants "rapprochés" qui n'ont qu'un an et demi d'écart. "Je n'y arrivais pas. A ce moment-là, j'ai stoppé, sans savoir ce que j'allais faire." En quête de sens et avec l'envie de "se mettre au vert", son ex-conjoint et elle décident d'ouvrir une maison d'hôtes… sauf que le projet échoue. Les époux se séparent, vendent la maison, et la trentenaire obtient la garde des marmots à 100%.

Mais dans cette "période compliquée", celle qui croit aux "signes et aux synchronicités" rencontre une femme qui va changer sa vie : Delphine, fondatrice de Froufrouz. Cette dernière souhaite vendre pour se consacrer à son projet dans l'hospitalité (sa maison d'hôtes ; c'est ce qui a permis aux deux femmes de se rencontrer, ndlr). Un signe du destin pour Magalie, qui confie avoir toujours aimé la mode mais n'être jamais parvenue à se faire une place dans ce milieu fermé. 2025 : elle choisit donc de racheter la société avec une partie de l'argent obtenu suite à la vente de sa maison. 

"Ça me donnait un peu le vertige. C'était un parti pris de ne pas me servir de cet argent pour acheter une maison, mais une société." Un choix qu'elle ne regrette pas : "Je voulais être à mon compte, avoir la liberté de m'occuper de mes enfants quand je le souhaite et travailler avec passion. C'est ce que je veux leur transmettre. Ils savent pourquoi je le fais."