Dans un monde du prêt-à-porter fragilisé, les marques de mode françaises peinent à survivre. Deux labels iconiques, vieux de cinquante et trente années, ont d'ailleurs failli y passer. Durant sa quarantaine, Anne de Gravelaine prend la folle décision de les racheter. En 2022, la femme reprend ainsi la tête de ces griffes originaires de PACA qui ont fait le bonheur de plusieurs générations - de nos grands-mères à nos mamans. Leur nom ? Bleu Blanc Rouge et Indies.

Une histoire qui n'aurait pourtant pas dû voir le jour. C'est un "hasard de dingue" qui la pousse dans ce projet fou. Anne et son mari, qui viennent de prendre la décision de changer de vie en quittant Paris pour le Sud, posent valise à Aix-en-Provence avec leurs deux enfants. Le couple y croise la route de l'ancien propriétaire du groupe familial, qui souhaite s'en séparer pour s'atteler à des projets hôteliers. "A un dîner, on rencontre pour la première fois Jean-Brice Garella. C'était un hasard de dingue. Ce n'était absolument pas prévu sur la feuille de route. On passe une très bonne soirée. Il me dit qu'il veut vendre le groupe et me lance 'Ton mari et toi, vous avez le profil.' Quand j'ai poussé les portes de l'atelier, je suis tombée amoureuse, très clairement." Ni une, ni deux, les Parisiens se lancent dans ce projet inédit qui ne ressemble en rien à la nouvelle vie qu'ils s'imaginent. Ils gèrent aujourd'hui une équipe de 73 collaborateurs, 15 boutiques en propre, 23 partenaires affiliés, 3 corners au Printemps ainsi qu'un atelier dans les Bouches-du-Rhône.

Si le chiffre d'affaires reste stable avec 11,4 millions d'euros en 2025, "on a des craintes sur ce que l'avenir va donner", nous confie-t-elle. Comme les autres, "on souffre parce que les gens préfèrent très clairement épargner que consommer." Mais Anne ne trahit pas ses valeurs pour survivre. Ce qui compte pour la quinqua, c'est "faire du bien, du beau, donner du sens. Que l'intégralité de mes valeurs soient au service d'une cliente que j'adore." Et ça se ressent : la production est majoritairement faite dans l'atelier à Gardanne ; le reste s'appuie sur des matières premières et des savoirs-faire en Europe et dans le bassin méditerranéen. "On a une charte qui dit qu'on produit à moins de 2000 kms (Portugal, Espagne, Maroc). La majeure partie de nos tissus sont sourcés en France ou en Italie." 

Une démarche qui lui a valu les compliments de Christine Lagarde. "Je lui ai offert une chemise pendant les rencontres économiques à Aix. Son retour était dithyrambique. J'ai trouvé que c'était magnifique, les mots qu'elle a utilisés étaient très beaux." 

Toutefois, le plus important pour elle reste sa fidèle consommatrice : "J'ai aussi eu un retour d'une cliente historique. Sa lettre commençait comme ça : 'J'ai fait un cauchemar. Le groupe Indies fermait. Je me suis réveillée, je suis allée sur le site pour vérifier et j'ai vu ces pépites. Merci Anne et merci les équipes.' Ca m'a fait chaud au coeur."