Elie Tirman a toujours eu la bosse des maths. Alors, c'est tout naturellement qu'il prend l'habitude d'aider ses camarades de classe après les cours. Mais très vite, le lycéen réalise que le problème ne vient pas d'un manque de capacités, mais d'un blocage bien plus profond. "La réponse était toujours la même : 'Depuis l'enfance, je me suis dit que de toute façon, les maths, c'est pas pour moi'." Curieux et passionné, l'adolescent a donc voulu comprendre d'où venait cette diabolisation des maths, cette "anxiété" qui poursuit les élèves jusqu'à l'âge adulte. "J'ai découvert des recherches en sciences cognitives qui ont identifié la tranche d'âge où les premiers blocages se jouent. C'est vraiment entre 4 et 7 ans et surtout, ça affecte le rapport avec les mathématiques pendant le reste de leur vie", nous raconte Elie.

C'est là que le déclic arrive : pour donner le goût des maths dès le plus jeune âge et éviter les futurs décrochages scolaires, il décide d'écrire un livre à destination des parents, une sorte de "guide pratique" pour transformer les chiffres, calculs et autres formes géométriques en moments récréatifs en famille. "On peut voir les mathématiques d'une autre manière et sortir de cet environnement scolaire très strict, très carré. Car les maths sont vraiment partout autour de nous, et n'importe quelle situation, aussi banale soit-elle, peut devenir un petit jeu ludique", nous rappelle Elie. 

Dans son livre intitulé Les maths ne mordent pas, qu'il a passé plus d'un an et demi à écrire sur son temps libre en dehors des cours, l'adolescent propose plus de 200 activités simples (et sans écran) que les parents peuvent reproduire pour réconcilier les petits avec cette matière souvent mal aimée, qu'ils ont souvent eux-mêmes détestée depuis toujours. "On a tous en tête cette scène du dimanche soir où il faut faire les devoirs pour lundi matin dans le stress. Ça peut vraiment se transmettre par les parents, qui disent 'Moi, je n'ai jamais été matheux'. Il faut changer d'état d'esprit, on s'éloigne du scolaire et on s'amuse avec les mathématiques qu'on a autour de nous." 

Exemples de jeux dans "Les maths ne mordent pas" © Elie Tirman

Et justement, Elie voit des maths partout : "En voiture, on s'arrête à un feu rouge et on compte combien il y a de voitures rouges. Ou, on fait des cookies et on veut mettre deux pépites de chocolat en plus. On est dans la salle de bains et on essaie de repérer un objet rectangulaire, rond, carré... Dans la rue, on peut regarder les différents types de fenêtres, peut-être des motifs qui commencent à apparaître... On peut vraiment faire de tous les moments une activité sympa autour des maths, sans s'en rendre compte." D'ailleurs, il a déjà testé sa méthode, et elle a fait ses preuves.

Avant même de sortir son livre, Elie a organisé des ateliers pour les parents au sein de son lycée. "Ils ont dit que ça avait vraiment fonctionné. Non seulement ils ont pu aborder les maths, mais surtout passer un bon moment avec leur enfant. J'ai été surpris par certains qui m'ont dit que, même lorsqu'ils n'étaient plus en train de jouer, l'enfant avait pris le réflexe : 'Tiens papa, regarde, là dans mon assiette, j'ai trois gnocchis et mon verre, il est à moitié plein.' C'est exactement le but", se réjouit le jeune auteur. Car bien sûr, l'objectif d'Elie n'est pas de transformer tous les enfants en "mathématiciens" (lui-même ne souhaite pas le devenir !), mais de leur donner une "aisance" afin qu'ils n'aient plus peur des maths. Comme il le dit si bien : "Les maths sont partout, ouvrez les yeux, elles n'attendent que vous pour jouer. Les maths ne mordent pas, mais elles adorent jouer à cache-cache."