Avec le permis de conduire en poche depuis à peine 3 mois, me voilà déjà lancée sur l'autoroute A13 qui relie Paris à Deauville. Rien de bien spectaculaire pour un automobiliste confirmé, mais une source de stress indéniable pour une conductrice fraîchement équipée de son "A" rouge sur le coffre. D'autant plus quand on sait qu'il va bientôt falloir lâcher les pédales... et le volant. Il m'a fallu presque une heure de trajet avant d'oser enclencher la technologie autonome, qui permet à la voiture de maintenir à la fois l'allure et la trajectoire toute seule. Ainsi, avec le système BlueCruise développé par Ford, c'est la voiture qui prend les commandes sur l'autoroute. Elle se maintient dans les voies et emprunte les courbes de la chaussée sans problème, adapte son allure et règle la distance de sécurité avec les véhicules qui précèdent, de sorte que le conducteur n'ait (presque) rien à faire. 

Difficile de ne pas se laisser surprendre par cette machine qui prend le contrôle et de lui faire confiance sur les premiers kilomètres. J'ai gardé mes mains proches du volant pendant de longues minutes avant de réussir à me relaxer et à les poser sur mes genoux. Mais une fois la première appréhension passée, on s'habitue très vite à ce fameux "lâcher-prise" vanté par le constructeur. On ressent bel et bien un vrai repos physique du fait de n'utiliser ni ses mains ni ses pieds, mais au niveau du mental, c'est une autre histoire.

En effet, la technologie BlueCruise est classée SAE Niveau 2+ : les mains sont 100 % libres, mais les yeux doivent rester en permanence sur la route. Même avec des lunettes de soleil, une caméra infrarouge capte l'attention du conducteur et déclenche un "bip" sonore et une alerte visuelle sur le tableau de bord dès que le regard s'égare. Ce n'est donc pas un temps de repos pendant lequel on peut s'assoupir ou regarder son téléphone, car la voiture nous surveille plus qu'elle ne nous remplace. Finalement, c'est un avantage : pas besoin d'abandonner totalement le contrôle à la voiture, on reste maître à tout instant. Et c'est ce cadre strict qui s'avère le plus rassurant. 

D'ailleurs, le conducteur peut (ou doit) reprendre la main à certains moments : en actionnant le clignotant pour changer de voie ou doubler, BlueCruise se désactive instantanément, sans à-coup, puis se relance automatiquement si elle le peut. La technologie se désactive aussi dans les zones de travaux ou dans les tunnels, où elle ne peut pas bien suivre les voies, en prévenant le conducteur de remettre les mains sur le volant. Il faut donc être capable de réagir rapidement, ne pas oublier que l'autonomie du véhicule reste limitée et ne remplace donc pas la pleine capacité physique et mentale du conducteur à gérer la route. 

Au terme de ce trajet, l'expérience ne m'a donc pas transformée en simple passagère, et c'est tant mieux. Jeune conductrice ou pas, la voiture autonome ne remplace pas l'expérience humaine mais agit plutôt comme un copilote, qui prend en charge la pénibilité physique sur autoroute tout en maintenant la vigilance nécessaire. Une technologie rassurante et bien utile, notamment pour les personnes sujettes aux douleurs articulaires ou à la fatigue musculaire pendant les longs trajets, à condition de la prendre pour ce qu'elle est réellement : une aide à la conduite, et non un chauffeur privé.