Dans la commune de Molsheim (Bas-Rhin) il y a un déséquilibre entre le nombre de places à la cantine pour les élèves scolarisés en élémentaire et le nombre de demandes. D'après Samuel Monthuley, un papa qui a lancé une pétition sur Change.org dans l'espoir de faire bouger les choses, "le problème est connu au moins depuis 2021". Résultat, pour éviter de se retrouver sans solution, au moment de l'inscription à la cantine, qui a lieu à partir de mi-mai, certaines familles réservent des places pour tous les jours de l'année. Elles ne savent pas encore si elles en auront réellement besoin mais, comme elles peuvent annuler la réservation sans payer jusqu'à quelques jours avant, si leur enfant n'y va finalement pas, elles ne sont pas pénalisées.
Mais cela pose problème pour ceux qui arrivent après et qui se retrouvent sur liste d'attente. Ces familles doivent soit s'arranger comme elles peuvent et sauter sur les places qui se libèrent dès qu'elles en sont informées par mail (mais "c'est absolument impossible de s'organiser comme ça quand on est deux parents qui travaillent, surtout qu'on ne sait pas si des places vont se libérer", souligne Samuel Monthuley), soit trouver une autre solution pérenne.
Ce papa et son épouse ont dû s'y résoudre pour leur fille de 6 ans, qui est entrée en CP début septembre. "Pour être sûrs et pour ne pas stresser à ce sujet pendant toutes nos vacances d'été, début août, on a décidé d'embaucher quelqu'un", nous dit Samuel Monthuley. Trois jours par semaine, sa fille est récupérée à l'école par une assistante maternelle qui la fait manger chez elle. "On a eu de la chance, on a eu la dernière place disponible chez elle", déclare-t-il, en ajoutant que la professionnelle a fait une demande de dérogation pour accueillir un enfant supplémentaire, tant elle est sollicitée.
Cette solution garantit une certaine sérénité d'esprit à la famille, mais elle a un coût. D'après les estimations de ce père, employer quelqu'un pour faire manger sa fille "revient environ 3 à 4 fois plus cher que la cantine". Autant dire que toutes familles ne peuvent pas se le permettre, d'autant plus qu'il n'y a pas d'aide de la CAF pour la garde pour les enfants de plus de 6 ans. D'ailleurs, pour "économiser un peu", le vendredi midi, ce papa se libère pour manger avec sa fille. Le mercredi, il y a moins de demandes et ils ont donc pu avoir une place à la cantine.
Contactée, la direction scolaire et périscolaire de la mairie nous indique que la cantine de la Maison des Élèves, qui regroupe tous les élémentaires, a une capacité d'accueil de 226 places. Elle a également passé un accord avec le lycée Camille Schneider, obtenant 60 places à la cantine pour des CM2. D'après la Ville, il y a entre 8 et 21 élèves en attente à la cantine de la Maison des Élèves, et entre 3 et 8 au lycée. Samuel Monthuley a décidé de parler de cela sur les réseaux sociaux, de créer une pétition (qui a obtenu 232 signatures au moment où nous écrivons ces lignes) et de médiatiser l'affaire car il trouve cette situation inacceptable. "Il y a des parents qui n'ont pas de solution, qui ont dû s'arranger avec leur employeur pour changer leurs horaires, pour avoir plus de flexibilité, qui doivent parfois poser des jours de congé quand ils n'ont pas eu de place... Je trouve que c'est inadmissible. C'est pour eux que ce combat doit continuer et qu'il faut trouver une autre solution que ce qu'on a aujourd'hui. Ce n'est pas uniquement un sujet de pouvoir d'achat ou d'organisation, c'est aussi un sujet d'égalité des genres, c'est un sujet d'inclusion, c'est un sujet social. La cantine, ça va beaucoup plus loin que la simple question de qui a une place et qui n'en a pas. Ma femme travaille à temps plein, moi aussi. J'ai la chance d'être à mon propre compte, donc j'ai un peu plus de flexibilité sur les horaires. Mais, dans le couple, on le sait, c'est souvent la femme qui va ajuster ses horaires de travail, qui va travailler un peu moins, qui va cotiser moins", souligne-t-il.
Ce père de famille souhaite que les élus "commencent à prendre le sujet au sérieux et qu'ils prennent en compte pas uniquement les éléments financiers et démographiques qu'ils mettent en avant, mais aussi la réalité du stress des parents et des enfants". Peu après la rentrée, la mairie a envoyé un courrier aux parents d'élèves, que nous avons pu consulter. La Ville explique avoir mis en place des actions, comme l'accord pour les élèves de CM2 évoqué plus haut, et promet de "construire un nouveau bâtiment de restauration qui devrait voir le jour d'ici 2 à 3 ans, avec une centaine de places supplémentaires à la clé". Si Samuel Monthuley se félicite de voir que les choses bougent, il attend de voir des actes concrets avant de crier victoire : "C'est une avancée, ça va dans le bon sens. Après, ça ne va pas encore assez loin dans la mesure où ça ne règle pas le problème, dans l'immédiat ni pour les années à venir, du fonctionnement des admissions à la cantine et du nombre de places disponibles".