"Laisse-moi tranquille", "Tu me fais honte", "Dépose-moi plutôt au coin de la rue"... Tous les parents qui élèvent un adolescent ont déjà entendu ce genre de phrases qui ne sont pas très agréables à entendre, généralement accompagnées de portes qui claquent et d'yeux levés au ciel. Les ados repoussent les tentatives d'affection parentales, refusent de faire des activités en famille et préfèrent s'isoler dans leur chambre : on ne l'appelle pas "l'âge ingrat" pour rien.
Bien qu'ils sachent pertinemment que ce n'est qu'une phase – tout à fait naturelle dans le développement, rassurent les experts – il est parfois difficile pour les parents de ne pas le prendre personnellement, et surtout d'adopter la bonne réaction face à cet éloignement. "C'est normal qu'ils prennent leurs distances. Ce n'est pas un rejet. C'est une étape de leur développement. Mais vous restez leur point d'ancrage. Assurez-vous qu'ils sachent que vous êtes là, stable et rassurant, quand la marée les ramènera vers vous", explique la pédopsychiatre canado-américaine Willough Jenkins, dans une vidéo TikTok devenue virale. Avec plus de 2 millions de vues, ses conseils ont manifestement résonné avec de nombreux parents, preuve que la situation est universelle.
Le Dr Willough Jenkins suggère une approche à la fois simple et juste : "Ils ont besoin d'un mentor, pas d'un manager." Pour la spécialiste, il faut surtout retenir que les adolescents sont dans une période charnière au cours de laquelle ils cherchent à gagner leur indépendance, ce qui sera crucial pour leur future vie d'adulte. Mais cela "ne signifie pas qu'ils ont moins besoin de vous" ou qu'ils sont complètement indifférents à votre présence, "ils ont simplement besoin de vous d'une autre manière". À cet âge, les parents doivent donc apprendre à opérer une transition essentielle entre le contrôle et la collaboration. Concrètement, il s'agit de les guider plutôt que de "dicter sa loi".
En revanche, il existe une réaction courante chez les parents, qui s'avère en vérité contre-productive. Face à un jeune en pleine puberté qui se ferme à toute discussion et qui demande à ce qu'on lui laisse de l'espace, de nombreux parents pensent qu'il vaut mieux se mettre en retrait. Ils ne posent plus de questions de peur de le contrarier, et préfèrent attendre qu'ils revienne de lui-même, quand l'humeur lui en dira. Mais pour Willough Jenkins, ce n'est pas la bonne stratégie, car l'adolescent pourrait très vite avoir le sentiment qu'on l'abandonne et qu'on ne s'intéresse plus à lui : "Soyez présent, même si c'est gênant. Les moments en tête-à-tête comptent toujours, [même] une présence silencieuse a beaucoup de poids."
Concrètement, éduquer un adolescent est un véritable travail d'équilibriste. Il faut apprendre à respecter son espace et sa nouvelle autonomie, tout en restant suffisamment présent et à l'écoute pour maintenir le lien, et surtout éviter de le juger... même involontairement. "Leurs centres d'intérêt ne sont pas toujours les vôtres, mais ils ont besoin que vous vous y intéressiez. Restez curieux. Apprenez les règles du jeu, regardez la série, posez des questions sur la playlist. Cela renforce la confiance", conseille la pédopsychiatre. Sans oublier le plus important bien sûr : continuer à dire "je t'aime" et "je suis fier de toi", car "c'est le moment où ils ont le plus besoin de l'entendre".