Déborah Lukumuena : "Cannes, c'est l'antre de la compétition féminine!"

Déborah Lukumuena insuffle sa fraîcheur au cinéma français depuis son César pour "Divines". Dans "Entre les Vagues", présenté à la Quinzaine des réalisateurs, elle se glisse dans la peau d'une actrice qui ne peut pas vivre sans sa meilleure amie. Rencontre.

Déborah Lukumuena : "Cannes, c'est l'antre de la compétition féminine!"
© SYSPEO/SIPA

Depuis Divines, Déborah Lukumuena se balade sur grand écran avec aisance. Celle qui a déjà reçu un César de la Meilleure actrice dans un second rôle est à Cannes pour défendre deux films à la Quinzaine des réalisateurs: Robuste, où elle donne la réplique à Gérard Depardieu, et Entre les Vagues, dans lequel elle campe une jeune comédienne déterminée à voir son rêve de théâtre se concrétiser. Le tout sans écraser son binôme, son inséparable, sa meilleure amie qui rêve elle aussi de percer. Ces deux ambitieuses vont voir la vie ébranler leur désir de planches, sans que l'amour qui les lie ne soit jamais déstabilisé. L'occasion pour nous de discuter avec elle de sororité, de rivalité et de projets.

Présentez-nous Alma, votre personnage dans Entre les Vagues...
Déborah Lukumuena : Alma est une jeune femme fougueuse, très sensible, émotive, qui renverse tout sur son passage. Elle n'oublie pas d'amener avec elle son amie Margot, jouée par Souheila Yacoub. C'est une fille qui a soif de vivre, pour qui la sororité est cruciale.

"La sororité est dans mon ADN"

Comment était-ce de jouer une comédienne ?
Déborah Lukumuena : C'était une mise en abyme ultra-intéressante et c'est pour ça que j'ai accepté. J'avais envie de questionner ces sous-couches là. C'était troublant. J'ai beaucoup discuté du rôle avec la réalisatrice, parce que le film lui est viscéral. C'est aussi beaucoup d'échanges avec ma partenaire, pas mal d'écoute. Il fallait de la confiance entre nous. On savait que ce serait folklorique et rock'n'roll.

Vous jouez encore avec une bande de filles. La sororité comme on la voit dans le film, c'est important pour vous ?
Déborah Lukumuena : Je n'ai été élevée que par des femmes, donc je pense que c'est dans mon ADN. La sororité est primordiale. Si on ne s'entraide pas, que va-t-il advenir de nous ? Je choisis mes films en fonction des thématiques qui me font vibrer, celle-ci en fait partie. Je suis entourée de beaucoup de comédiennes et je fais attention à ce que l'on se sente toutes à l'aise. C'est important que le travail de chacune soit respecté. Je suis admirative d'actrices qui sont à l'opposé de moi. J'aime Daphné Patakia (à Cannes pour Benedetta, ndlr), Adèle Exarchopoulos…

"J'aime Daphné Patakia, Adèle Exarchopoulos…"

Observez-vous cette concurrence féminine auquel le film fait référence ?
Déborah Lukumuena : Je ne parlerais pas de concurrence, mais quand des comédiennes ne se connaissent pas, il peut y avoir une certaine appréhension. Anaïs Volpé, la réalisatrice, dit que la société a toujours été conditionnée de manière à ce que les femmes soient rivales. Comme elle, je remets la faute sur le système. À Cannes, on est dans l'antre de la compétition féminine! Qui a la plus belle robe, qui a maigri, qui a grossi? Forcément, certaines n'arrivent pas à sortir de ces carcans et c'est normal puisqu'on évolue malheureusement avec ces schémas.

"Je suis le clown de ma mère"

Dans le film, Alma dit que sa mère l'a toujours vue comme une star. Vous aussi, vous avez ça dans le sang ?
Déborah Lukumuena : Moi ? Pas du tout ! Tout s'est déclenché à mes 19 ans. Mais c'est vrai que je suis le clown de ma mère. Avant de déménager, on avait un voisin avec un berger allemand. C'était le chien qui promenait le maître. Je l'imitais, ce qui la faisait beaucoup rire. Quand je me suis mise à faire du cinéma, elle m'a dit "cette imitation marchait tellement bien, ça me semble logique que tu sois actrice".

Pourquoi ne pas davantage exploiter ce potentiel comique dans des comédies ?
Déborah Lukumuena : La comédie c'est très, très difficile. C'est une question de rythme, d'inventivité. Tous les films sont une partition de musique, mais celle-ci a un tempo beaucoup plus rapide que le drame. J'adorerais faire une pure comédie, mais pour l'instant aucune ne m'a branchée!

Qu'est-ce qui vous séduit dans un projet ?
Déborah Lukumuena : Je me demande si j'irais voir le film au cinéma si je n'étais pas actrice. Je regarde aussi quels cordes sensibles ça fait vibrer en moi, à quel point je me sens concernée, si j'ai envie que ça fasse partie ou non de mon discours. Le hasard de mes choix m'a amenée à travailler avec beaucoup de femmes. Cela se joue aussi sur une rencontre. Avec Anaïs Volpé, on est vraiment tombées amoureuses l'une de l'autre, ça a participé.

Vous revenez à Cannes avec Entre les Vagues et Robuste cinq ans après votre révélation grâce à Divines. Verdict ?
Déborah Lukumuena : C'est une édition très différente de ma première fois. J'avais 21 ans, j'ai grandi depuis. Je suis très fière des deux films que je représente, je suis folle de mes partenaires à l'écran. C'est un cap qui marquera ma carrière, je le sens. Bon, j'avoue que je suis aussi très heureuse de rentrer... mais parce que ça a été une expérience totale!