La Joconde, peinte par Léonard de Vinci autour de 1503, est sans doute le tableau le plus scruté au monde. Son modèle, Lisa Gherardini, épouse du marchand de soie florentin Francesco del Giocondo, fascine depuis des générations. Pourtant, derrière son fameux sourire, un autre mystère obsédait les historiens de l'art : ce paysage de collines, de rochers et de pont, est-il un lieu réel ou une pure invention du maître toscan ?
Pendant des décennies, les spécialistes se sont écharpés. Certains défendaient la ville de Bobbio, d'autres la province d'Arezzo. À chaque fois, les démonstrations s'appuyaient sur les mêmes éléments : un pont, un chemin. Insuffisant pour trancher. Jusqu'à l'arrivée d'une chercheuse au profil atypique, qui a abordé le tableau d'une façon totalement inédite.
Ann Pizzorusso n'est pas seulement historienne de l'art. Elle est aussi géologue, et a travaillé sur des projets d'extraction pétrolière ou de recherche de pierres précieuses. Selon elle, l'arrière-plan de la Joconde correspond aux environs de Lecco, une petite ville italienne posée au bord du lac de Côme, à un peu plus de 80 kilomètres de Milan, en Lombardie. Une révélation qui a abasourdi les spécialistes de Leonard Da Vinci, comme elle l'a confiée au "Guardian".
Pour étayer sa thèse, la chercheuse avance trois indices. D'abord, le plan d'eau visible derrière le modèle : il s'agirait du lac de Garlate, que Léonard est connu pour avoir visité. Ensuite, le pont : ce serait le pont Azzone Visconti, un ouvrage du XIVe siècle toujours debout à Lecco. Enfin, l'argument le plus fort selon elle, les formations rocheuses des Alpes qui dominent la région. Leur silhouette épouse de très près les rochers peints juste au-dessus de l'épaule droite de Mona Lisa. Mieux encore, leurs teintes "coïncident avec les tons que Léonard a utilisés pour peindre ses rochers", insiste la spécialiste. Détail qui pèse : Lecco serait le seul des lieux supposés à posséder un lac.
Pour Ann Pizzorusso, si personne n'avait résolu l'énigme avant elle, c'est tout simplement une question de cloisonnement. "Tout le monde parle du pont et personne ne parle de géologie", déplore-t-elle. Et de poursuivre : "Les géologues ne regardent pas les peintures, et les historiens de l'art ne regardent pas la géologie." Léonard, lui, "avait un grand respect pour la nature et la représentait avec précision dans chaque tableau. Pour lui, contrairement à d'autres artistes, le paysage avait autant de valeur que les figures", rappelle la chercheuse, ravie de pouvoir "mettre en lumière les talents de Léonard en tant que géologue".
Reste un dernier mystère que ni la géologie ni l'histoire de l'art ne semblent près d'élucider : pourquoi diable Mona Lisa sourit-elle ainsi ? À ce stade, même les Alpes n'ont pas la réponse.