Dimanche 3 mai 2026, la petite ville de Fano, sur la côte adriatique italienne, accueillait la 22e édition de la ColleMar-athon, surnommée le "marathon des valeurs". Près de 3 000 coureurs étaient engagés sur les trois épreuves au programme : le marathon, le semi-marathon de 21 km et le 10 km. Sous l'Arc d'Auguste, la ligne d'arrivée attendait les premiers concurrents. Personne ne se doutait que la scène qui allait s'y dérouler ferait le tour des réseaux sociaux et des journaux transalpins.
Sur le semi-marathon, Massimiliano Milani file en tête. Derrière lui, à quelques foulées, Davide Seri, 51 ans, champion d'Italie 2025 du marathon chez les plus de 50 ans, revient fort. À 100 mètres du but, le leader vacille. Les jambes se dérobent, la tête tombe, le corps lâche. "Tout d'un coup, l'essence s'est épuisée. Le marathon de Hambourg que j'avais couru sept jours plus tôt m'a présenté sa facture", raconte Milani. Il se souvient à peine des derniers mètres : "Des cent derniers mètres, quand j'étais en grande crise, je ne me rappelle pratiquement rien."
C'est là que Davide Seri fait un choix qui, en quelques secondes, va changer l'histoire de cette course. Au lieu de dépasser son concurrent à l'agonie et de filer vers une victoire offerte sur un plateau, il s'arrête. Il passe un bras sous celui de Milani, le remet debout, le soutient et l'accompagne jusqu'à la ligne. Le coureur épuisé franchit l'arrivée en premier. Seri se contente de la deuxième place. Le geste, immortalisé par les photographes présents, fait immédiatement le tour de la Péninsule.
Cinq jours plus tard, les deux hommes se sont retrouvés à la mairie de Fano, où la municipalité, les organisateurs, la Fidal (la fédération italienne d'athlétisme) et le Panathlon International leur ont remis une distinction. "J'ai fait un geste instinctif, naturel, que je referais mille fois et que tout le monde devrait faire. J'ai vu un collègue en difficulté et je l'ai aidé à rejoindre l'arrivée", a expliqué Davide Seri, visiblement ému par l'ampleur médiatique. Massimiliano Milani, lui, n'a pas caché sa gratitude : "Je suis ici pour Davide, qui a accompli un geste rare. La première place morale et réelle de la course est la sienne." Les deux coureurs, qui s'étaient croisés six ans plus tôt aux championnats d'Italie du 5 000 m à Arezzo, se sont longuement étreints.
Pour la petite histoire, Davide Seri ne repart pas totalement les mains vides : son nom figure désormais sur toutes les affiches de la prochaine édition. De quoi faire réfléchir ceux qui, à quelques mètres d'une victoire, ne regardent que leur chronomètre.